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UNE BREVE HISTOIRE DES ACHATS
On a
l’habitude de faire commencer l’histoire des achats dans les
années 40, durant la dernière guerre mondiale. C’est en effet
à cette époque de maturité de l’ère industrielle, où les
besoins de produire (des armements) était vital et où la pénurie
de matière se faisait grandement sentir, que bien des méthodes
d’optimisation sont nées. Pourtant, de fait et par définition,
les achats sont au moins aussi anciens que la vente. Et même si
l’on se situe à l’époque du troc, de l’échange, on
pouvait tout de même parler d’acquisition…
Les
achats ont donc une histoire ancestrale, qui malheureusement ne bénéficie
que peu de données écrites. Nous aborderons, modestement, mais régulièrement,
un certain nombre d’aspects achats à travers les ages.
Plus
proche de nous, la lettre de Vauban illustre bien que les préoccupation
des acheteurs d’aujourd’hui sont bien plus anciennes qu’on
ne l’imagine.
LETTRE
QUE VAUBAN, AYANT A CONSTRUIRE POUR LE
ROI
DE FRANCE LES FORTS QUI LE RENDIRENT IMMORTEL,
ECRIVAIT
LE 17 JUILLET DE l'AN DE GRACE 1685
A
MONSIEUR DE LOUVOIS.
(Elle
conserve, trois siècles plus tard, toute son actualité,
puisqu'elle
fait
la critique du " moins disant " dans le cadre des marchés
publics.)
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A
Monsieur de Louvois en son Hôtel de Paris
Monseigneur,
Il
y a quelques queues d'ouvrages des Années dernières qui ne
sont point finies et qui ne finiront point, et tout cela
Monseigneur, par la confusion que causent les fréquents
Rabais qui se font dans vos Ouvrages car il est certain que
toutes ces ruptures de Marchés, Manquements de parole et
renouvellements d'Adjudications ne servent qu'à vous
attirer comme Entrepreneurs tous les misérables qui ne
savent où donner de la tête, les fripons et les ignorants,
et à faire fuir tous ceux qui ont de quoi et qui sont
capables de conduire une Entreprise.
Je
dis plus qu'elles retardent et renchérissent considérablement
les ouvrages qui n'en sont que plus mauvais, car ces Rabais
et bons Marchés
Tant
recherchés sont imaginaires, d'autant qu'il est d'un
Entrepreneur qui se perd comme d'un homme qui se noie qui se
prend à tout ce qu'il peut : or, se prendre à tout ce
qu'on peut en matière d'entrepreneur, c'est ne pas payer
les Marchands chez qui il prend les matériaux, mal payer
les ouvriers qu'il emploie, friponner ceux qu'il peut,
n'avoir que les plus mauvais parce qu'ils se donnent à
meilleur marché que les autres, n'employer que les plus méchants
matériaux, chicaner sur toutes choses et toujours crier
miséricorde
contre celui-ci et celui-là.
En
voilà assez, Monseigneur, pour vous faire voir
l'Imperfection de cette
conduite
: quittez-là donc et, au nom de Dieu rétablissez la bonne
foi, donnez le prix des Ouvrages et ne refusez pas un honnête
salaire à un Entrepreneur qui s'acquittera de son devoir,
ce sera toujours le meilleur marché que vous puissiez
trouver.
Quant
à moi, Monseigneur, je reste assurément de tout coeur
votre très
humble
et très obéissant serviteur.
Vauban
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Et puis nous pourrions
résumer et caractériser ainsi les dernières décennies :
1940. En économie de guerre,
il était vital de fournir les troupes en équipements remplissant
leur mission, le plus rapidement possible et en optimisant au
mieux la matière première disponible. On a ainsi vu naître les
notions de process de fabrication, et de Valeur.
1950. En économie de production,
la reconstruction des infrastructures est prioritaire : la
fonction Achats doit se procurer à l'extérieur ce que
l'entreprise ne produit pas, pour que la production ne soit pas
perturbée, presque à tout prix.
1960. En économie de
consommation, la vente est prioritaire, la production est
diversifiée. La fonction Achats perd de son importance, elle négocie
au meilleur prix. On voit naître la publicité moderne qui
remplace la réclame, et les premiers théoriciens du marketing.
1970. En économie de concurrence,
juste après le premier choc pétrolier de 1973, le contrôle de
gestion est important : la fonction Achats doit participer à la réduction
des coûts, elle a une mission technique de connaissance des
processus de production amont (des fournisseurs). C'est vers la
fonction Vente que vont moyens, ressources et louanges, presque
sans compter. Des vestiges des cette période résistent encore de
nos jours.
1980. En économie de compétitivité,
le développement de produits nouveaux de qualité est stratégique.
La fonction Achat fait participer les fournisseurs. La part de
produits achetés progresse (les entreprises sous-traitent, se
"désintègrent", retrouvent leur cœur de métier).
Acheteurs & Fournisseurs "partenaires".
C'est l'ère des nouveaux produits, dont les utilités sont
souvent introuvables (comme la programmation sur un an des magnétoscopes).
1990. En économie de crise,
les matières premières flambent en amont et les marchés
aval connaissent leur première récession depuis le grand crack.
Les Achats retrouvent partiellement leur raison d'être, et la
profession se structure et se forme.
1995. En économie globale,
dans le sens anglo-saxon du terme, c'est à dire
"mondiale",
les échanges s'intensifient et les rythmes s'accélèrent. La
fonction Achats se professionnalise et devient pointue. L'anglais
se confirme comme langue incontournable aux Achats.
2000. En économie éthique,
le développement durable progresse, et les notions de
"bonnes pratiques" commerciales font leur chemin.
Contre-coup de quelques gros scandales financier, et de quelques
grosses dérives dans l'exploitation des personnes, les
consommateurs prennent conscience de ces critères. Les
entreprises y voient donc un créneau de communication valorisant
et s'y engouffrent. Les Achats vont prendre à leur compte ces
critères dans la déclinaison des politiques fournisseurs.
20XX. En économie de survie,
si nous n'avons pas su appliquer les principes précédents, nous
en seront réduits à gérer les faibles ressources qui
subsisteront, ou auront été laissées comme "restes"
par des empires despotes... Mais là nous touchons à la science
fiction !
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