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L’Union Monetaire Latinepar Jean-François OstermannPour les numismates, la naissance d’une monnaie unique européenne est l’occasion de rappeler un précédent historique: l’expérience dite de l’Union Monétaire Latine. Il est entré dans les usages d’appeler Union Monétaire Latine, ou Union Latine, la convention monétaire conclue le 23 décembre 1865 entre la Belgique, la France, l’Italie et la Suisse, convention à laquelle a encore accédé la Grèce le 8 octobre 1868. Cette convention est restée en vigueur, moyennant plusieurs aménagements, jusqu’au premier janvier 1927. Faire un parallèle entre ce que les spécialistes financiers ont déjà baptisé l’Euroland (on appréciera l’humour au passage...) et l’Union Latine est naturellement séduisant, mais c’est aussi surestimer la portée de ce que fut cette dernière. Le malentendu tient probablement à une certaine méconnaissance des réalités de la convention de 1865. Aussi, rien de tel qu’un retour aux sources pour en finir avec les idées vagues ou carrément fausses.
Les principales dispositions de la convention monétaire du 23 décembre 1865Ce texte signé à Paris est tout à fait accessible puisqu’il ne comprend qu’un préambule et 15 articles. Citons au moins l’article premier, d’une limpidité exemplaire: Il n’est rien innové, quant à présent, dans la législation relative à la monnaie de billon pour chacun des quatre Etats.» Les principales dispositions du texte peuvent être résumées comme suit.
Les limites de l’Union LatineA l’époque, la convention de 1865 a été saluée comme un événement et un exemple. Il convient pourtant d’en relativiser la portée. Observons d’abord qu’il ne s’agit pas de la création d’une nouvelle unité monétaire, mais de l’harmonisation de quatre systèmes déjà très proches. Le fondement de la convention est le système monétaire français mis en place entre 1795 et 1803. Ce système avait déjà été adopté, sinon complètement du moins partiellement, par la Belgique en 1832, la Suisse en 1850 et l’Italie en 1860 (mais une partie de l’Italie, à savoir le royaume de Piémont-Sardaigne et le duché de Parme, l’utilisait déjà depuis 1815). Seule la Grèce a dû «alourdir» sa drachme pour la rendre conforme à la convention. Il n’est pas non plus prévu de nouveau nom, ou de nom unique pour l’unité monétaire, ni même pour sa fraction. La Belgique et la France, en restent au franc divisé en 100 centimes, la Suisse au franc de 100 rappen, l’Italie à la lire de 100 centesimi et la Grèce à la drachme de 100 lepta. Il faut encore bien insister sur le fait que la convention ne porte pas sur tous les signes monétaires des Etats contractants. Elle exclut explicitement les pièces dites de billon, c’est à dire dans le cas présent toutes les pièces dont la valeur faciale est inférieure à 20 centimes. Soulignons aussi qu’elle passe complètement sous silence le papier-monnaie. Enfin rien n’est prévu quant à l’apparence des monnaies: ni avers ou revers uniformisé, ni même de marque distinctive évoquant la convention. La thématique de l’Union Latine Par sa richesse, sa diversité et ses possibilités d’extension, l’Union Monétaire Latine constitue un thème fort attrayant pour le collectionneur de tempérament généraliste. Il ne saurait être question d’entrer ici dans le détail des monnaies. Deux ouvrages en langue française destinés aux collectionneurs ayant été consacrés au sujet, les amateurs intéressés s’y reporteront avec profit:
L’ouvrage de Leconte est plus complet, mais celui de Niederer rend encore d’excellents services si l’on veut s’en tenir à la convention de 1865 au sens étroit. Pour démarrer cette thématique, il convient en toute logique de s’intéresser d’abord aux monnaies des États contractants qui correspondent aux normes énoncées par la convention. Cela paraît évident, mais combien de collectionneurs se sont déjà découragés après avoir accumulé des ensembles incohérents. Puis, à partir de ce «noyau dur», deux directions sont possibles. Soit rajouter les monnaies des États contractants laissées hors du cadre de la convention, pour obtenir une vue d’ensemble de leur circulation monétaire durant la période considérée. Une extension aux monnaies des colonies et dépendances de ces États peut aussi être envisagée. Soit rajouter les monnaies dont les caractéristiques correspondent aux normes de la convention de 1865, mais émises par des Etats non signataires. Une excellente occasion de se pencher sur de subtiles distinctions entre Etats «associés», «alignés» ou autres. Le choix des limites chronologiques de la thématique est aussi une question de goût personnel. La convention a été signée en 1865 et il y a été mis fin en 1927; mais durant cette période des monnaies antérieures, remontant jusqu’à 1795, sont restées en circulation, puis des frappes selon les normes de l’Union latine ont continué jusqu’en 1967. Un très bel éventail.
En guise de conclusionBien que l’Union Monétaire Latine puisse invoquer un statut de précurseur de la monnaie unique européenne, ce thème n’est apparemment pas encore aussi populaire que la collection des monnaies nationales dans les cinq pays concernés. Le dynamisme des marchés numismatiques en Suisse, Italie et France peut d’ailleurs poser problème au collectionneur qui voudrait se lancer dans la thématique de l’Union Latine, car les millésimes à faibles tirages des monnaies de ces pays se négocient à des prix élevés. Pour l’anecdote, rappelons aussi le cas sensible de la numismatique italienne, où existent beaucoup de faux de la plupart des monnaies rares ou faisant l’objet d’une forte demande. Il est donc réaliste et déjà très satisfaisant de collectionner par types en évitant les raretés plutôt que de chercher à réunir des séries complètes par années et ateliers, déjà inaccessibles à la plupart des collectionneurs nationaux spécialisés. Cette démarche permettra aussi d’aborder plus sereinement les monnaies d’or, qui occupent une place importante dans cette thématique. Une fois écartées les raretés, qui sont d’ailleurs davantage des monnaies de représentation que de circulation courante, les types de monnaies d’or sont plutôt communs et se négocient avec une faible prime numismatique. Les jeunes débutants pourront même se rendre compte que les monnaies d’or de l’Union latine peuvent être meilleur marché que bien des monnaies d’argent. Copyright © Jean-François Ostermann 1998 |
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