Productivité sur les matières premières

par Jean-Marc Gallaire

 

 

 

1-     Introduction

 

Le contexte économique actuel fragilise l’équilibre de l’inéquation fondamentale des entreprises – « Coûts de revient < Prix de vente »

En effet, la tendance des deux composantes de cette inéquation est défavorable pour garantir la pérennité des entreprises. 

D’une part, les prix de vente baissent :

-          L’offre est supérieure à la demande, les clients recherchent les prix les plus bas.

-          La concurrence est agressive, la délocalisation s’intensifie. 

D’autre part, les coûts de revient augmentent :

-          Les produits sont personnalisés, leur durée de vie baisse donc la taille des séries diminue.

-          Les produits deviennent de plus en plus techniques. Ils nécessitent des ressources humaines plus qualifiées ainsi que des équipements de production plus sophistiqués. (hausse des taux horaires main d’œuvre et moyens de production)

-          Les exigences clients en terme de qualité et délais augmentent.

-          Les normes de sécurité et d’environnement se durcissement.

-          Les prix d’achat des matières premières et des fournitures augmentent.

-          L’activité stagne.

 

Pour maintenir des coûts de revient inférieurs aux prix de vente, les entreprises doivent identifier et exploiter des gisements de productivité.

 

 

 

2-     Le gisement de productivité matière

 

 

Le coût des matières premières peut représenter de 20 à 70% du prix de vente d’un produit.

A ce titre, il représente un potentiel de progrès non négligeable.

 

Nombre d’entreprises ont aujourd’hui pris conscience de l’importance de ce gisement de productivité. Malheureusement, elles ne l’exploitent trop souvent que dans une seule direction, celle des prix d’achat bas.

Les acheteurs s’évertuent à rechercher des fournisseurs susceptibles de leur proposer dans un très proche avenir, des prix de vente plus faibles.

Les résultats obtenus par cette démarche génèrent dans la plupart des cas :

-          Un découragement dans la quête aux prix bas, qui entraîne une sorte de fatalité à penser que le gisement de productivité que représentent les matières est inexploitable.

-          Des créations de groupements d’entreprises qui cumulent leurs besoins matière afin de passer des commandes plus importantes aux producteurs et ainsi faire baisser les prix d’achat par l’effet volume. En théorie, l’idée est séduisante mais se révèle souvent moins performante dans son application : recensement des besoins, entreposage, redistribution  ….

-          Les acheteurs trouvent des matières effectivement moins chères, mais souvent au détriment des caractéristiques techniques. Ceci a pour effet de diminuer les performances de production (non-qualité, mise au point longue, non-respect des temps gamme, arrêts machine, …) Les gains sur les achats son alors incontestables, mais les pertes d’exploitation générées les annulent, voire sont plus importantes.

 

 

Cette approche « baisse des prix d’achat », bien que séduisante sur le papier, ne tient malheureusement pas toutes ses promesses.

 

 

 

Heureusement, pour exploiter le gisement de productivité représenté par le coût des matières, d’autres pistes existent.

Elles consistent à réaliser de la productivité sur les matières en optimisant leur coût global de mise en oeuvre (prix et rendement)

 

 

3-     Les coûts matière d’une production

 

 

Si on observe quelles sont les composantes qui constituent le coût global des matières dans la réalisation d’une production, il est possible de le représenter ainsi :

 

 

La productivité sur les matières peu donc être exploitée suivants différents axes :

 

Le coût utile 

Il est constitué de deux facteurs. Le poids matière mis en œuvre et le prix de cette matière.

Son amélioration par la réduction du prix d’achat (voir chapitre précédent) ne constitue pas le seul moyen d’action.

Son optimisation peut également être obtenue par :

-          Une bonne capabilité des équipements de production afin de mieux maîtriser les poids mis en œuvre.

-          Une modification de la définition des produits afin d’en réduire leur volume, donc leur poids, tout en garantissant le respect des cahiers des charges.

 

Le coût de la non-qualité

Il correspond au poids de la matière achetée, transformée, mais non vendue, valorisé par son prix d’achat(*).

Son optimisation est obtenue par la réduction des taux de rebut :

-          Plans d’expériences.

-          Capabilité des équipements de production.

-          Mise en place de feuilles de réglages fiables garantissant le zéro défaut.

-          Maîtrise statistique des procédés.

-          Mise en place de détection permettant de déceler la non-qualité au plus tôt et corriger les réglages.

-          Accréditation des fournisseurs afin que ces derniers garantissent des caractéristiques matières précises et stables d’un lot à un autre.

 

Le coût des pertes

Il correspond au poids de la matière achetée, mais non transformée valorisé par son prix d’achat(*).

Son optimisation est obtenue par :

-          Le maintien en état des unités de conditionnement afin d’éviter les « fuites ».

-          L’utilisation de la totalité du contenu des unités de conditionnement.

-          Une gestion des stocks rigoureuse afin d’éviter les pertes, les vols ou la dégradation des matières (d’aspect, chimique, …)

-          Le recyclage des chutes et des rebuts.

 

 

Le coût du stockage matière

Il correspond aux différents coûts liés à l’existence des stocks (Coût d’acquisition, coût de passation de commande, coût de possession)

Son optimisation est obtenue par :

-          Une bonne maîtrise de la demande.

-          Une bonne maîtrise de l’offre.

-          L’application des concepts du juste à temps.

 

Le coût des sur caractéristiques matière

Il correspond au surcoût généré par l’achat de matières dont les caractéristiques sont sur dimensionnées en regard de l’utilisation du produit.

Son optimisation est obtenue par :

-          Une meilleure définition des caractéristiques matière nécessaires en fonction du cahier des charges (analyse de la valeur).

-          La sélection et l’essai de nouvelles matières plus adaptées.

-          Une validation par le client de la matière retenue.    

Afin de ne pas pénaliser les performances de production, il est très important que les acheteurs et les techniciens travaillent ensemble et raisonnent coût global plutôt que prix.

 

(*) – Le gisement de productivité basé sur la baisse des prix d’achat est abordé au chapitre 2.

 

4-     Exemple

 

 

Une entreprise d’injection thermoplastique fabrique un article de grande consommation.

L’entreprise estime le coût de revient de ce produit à 0,3872€

Ce coût de revient est décomposé comme suit :

-          0,0748 € de coût d’équipement (19,32%)

-          0,0722 € de coût de main d’œuvre (18,65%)

-          0,1729 € de coût de matière (44,65%)

-          0,0019 € de coût d’emballage (0,49%)

-          0,0033 € de coût de transport (0,85%)

-          0,0621 € de coût estimé de frais généraux (16,04%)

 

Le client de cette entreprise souhaite une baisse du prix de vente de cet article.

Afin de conserver une marge identique, l’entreprise doit baisser son coût de revient à 0,27 €, soit un gain de 0,1172 € (-30,27%)

L’analyse du coût réel matière fait apparaître la répartition suivante :

-          Coût utile = 0,1383 €

-          Coût de non-qualitéé = 0,0244 € pour un taux de rebut de 15%

-          Coût des pertes estimé à 0,0102 € car les carottes de 2,57 gr qui ne sont pas réutilisées.

 

Après analyse, l’entreprise engage plusieurs actions d’amélioration qui génère un gain de 0,1371 €

Les gains réalisés sur la matière représentent à eux seuls 0,0824 € par pièce soit 60% de la productivité totale réalisée.

Ils ont été obtenus par :

-          La modification de l’épaisseur de la pièce afin de générer un gain de poids de 7 gr

-          La modification du canal d’alimentation de la pièce afin de réduire le poids de la carotte à 0,7 gr

-          Une meilleure maîtrise de son processus d’injection afin de réduire son taux de rebut à 3%

-          Un changeant de matière afin de réduire son prix d’achat, tout en respectant les exigences du cahier des charges.

 

La politique des stocks n’ayant pas changé dans l’entreprise, le coût du stockage matière n’a pas été pris en compte dans l’analyse.

 

 

La répartition du coût global de la matière a donc évolué comme suit :

 

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