PASSEPORT POUR LA PERFORMANCE AUX ACHATS

François Champeyrol  se propose de nous parler de performance aux achats, à travers quatre articles qui nous éclaireront tout au long de cette première saison, par sa vision du sujet et son expérience riche et variée.

1 – PERFORMANCES/ECONOMIES INTERNES

2 – PERFORMANCES/ECONOMIES EXTERNES

3 – GESTION INTEGREE : LE TABLEAU DE BORD  ACHATS

4 – PERFORMANCES ET REMUNERATION DES EQUIPES  ACHATS

François Champeyrol

Consultant en organisation des achats, il est l'auteur du Que Sais-Je  - LES ACHATS et le concepteur de nombreux instruments de management de la fonction Achats. 

 

Deux grands types de "performances" peuvent faire l'objet de mesures : les économies internes d'une part, les économies externes d'autre part ; dans ce premier chapitre nous nous focalisons sur  la première catégorie .

 

1- Les Performances/économies internes

 

 

Nous parlons  de performances/économies internes car elles sont à mobiliser à l’intérieur même de l’entreprise en motivant tous les responsables des fonctions impliquées dans la démarche "ACHATS –LOGISTIQUE" .

Ces économies peuvent se regrouper à leur tour en deux familles selon qu’elles vont avoir une incidence directe sur les tâches tertiaires et la productivité administrative -on peut parler alors de véritables économies -; ou bien selon qu’elles vont apparaître grâce aux instruments de management – et là il ne peut s’agir que d’économies ‘’relatives ‘’- .

1.1 ECONOMIES INTERNES ET PRODUCTIVITE TERTIAIRE

1.1.1 LA REDUCTION DU NOMBRE DE REFERENCES ACHETEES 

C'est une économie extrêmement substantielle car on a mesuré que la diversité entraînait une croissance très forte des tâches administratives, celles-ci augmentant comme le carré du nombre de références supplémentaires ajoutées chaque année.

Les coûts suivent la même progression.

La difficulté pour les mobiliser tient  au fait que les fonctions de conception jouent un rôle décisif dans ce travail et que leurs responsables pourraient ressentir –à tort – qu’il s’agit d’une ‘’critique’’ de leurs compétences  ou d’un empiètement sur leur ‘’territoire’’.

Mais les enjeux sont souvent considérables et il est facile d’anticiper les bénéfices que vont en tirer:

-Les Achats : moins d’articles à manager ,allongement des séries achetées avec mise en œuvre probable du levier ‘’globalisation ‘’ , moins de commandes (ou de lignes) à passer ….

-La Comptabilité –fournisseurs : moins de factures à traiter , moins de règlements à effectuer …..

-Les Approvisionneurs et les Magasiniers : moins de références à gérer ,à contrôler ,à manutention-

ner , à compter …..

-la Direction Financière : moins de stocks à financer , de besoin de trésorerie ,de capital employé

  

1.1.2: LA REDUCTION DU NOMBRE DE FOURNISSEURS

Cette réduction est indispensable compte tenu, d'une part, des méthodes modernes de gestion de production ; et d'autre part, de la démarche systématique de recherche de productivité administrative .

On observe dans beaucoup d’entreprises et de groupes de toutes tailles , appartenant à tous les secteurs d’activités , des portefeuilles fournisseurs pléthoriques avec la moitié ou plus d’entre eux qui représentent un chiffre d’affaires annuel inférieur à 1500 Euros !(et encore , nous ne parlons que des fournisseurs actifs) .

Le coût de gestion d’un compte fournisseur est élevé : plus il y a de fournisseurs , plus on passe de commandes d’ achats ou d’appels en livraisons lorsqu’on utilise les commandes ouvertes .

 Il n’est pas souhaitable qu’un responsable ‘’ACHATS’’ consacre plus du tiers de son temps de travail à négocier , à recevoir et visiter les fournisseurs , ce qui conduit à un potentiel de management de quelques dizaines de fournisseurs par individu.

De plus, l'homologation de fournisseurs à faibles chiffres d'affaires est exclue elle aussi car elle coûte trop cher en comparaison des retombées qu'elle permet d'obtenir (on emploie ici un outil assez simple à mettre en oeuvre : LE COUT DE TRANSFERT qui mesure les sommes à mettre en oeuvre pour changer de fournisseur).

Enfin , la dispersion des chiffres d’affaires entre une multitude de fournisseurs ne permet pas d’utiliser les leviers ‘’globalisation’’ et ‘’planification’’ au cours des négociations lorsque l’on achète sur des marchés à offres élastiques ( c'est-à-dire des marchés où l’offre est capable de s’adapter rapidement à la demande )

Ceci dit, pour apporter un élément d'appréciation, on estime que le coût annuel moyen de gestion d'un compte fournisseur est compris entre 250 et 300 Euros , quelquefois plus . Il est intéressant pour toutes les entreprises de le mesurer car cela permet de définir des objectifs et d' apprécier les résultats des actions correctrices engagées au moyen du TABLEAU DE BORD dont nous traiterons au chapitre 4 .

 

1.1.3. LA REDUCTION DU NOMBRE DE COMMANDES D'ACHATS ET D'APPELS EN LIVRAISONS

Précisons tout de suite que les appels en livraisons s’inscrivent dans le cadre des commandes ouvertes pour approvisionner les produits achetés au fur et à mesure des besoins .Il faut bien les distinguer car ils sont émis normalement par les approvisionneurs et doivent leur être affectés pour suivre , dans le tableau de bord , les charges de travail propres à chaque fonction (notons aussi que dans certaines entreprises on désigne par ‘’contrats’’ les commandes ouvertes ) .

La réduction du nombre de commandes d’achats et d’appels en livraisons est une nécessité car , quand on a moins de documents (réceptions, bons à payer, règlements...) à traiter, on peut consacrer plus de temps à la mobilisation d'économies.

Pour y parvenir , différents moyens peuvent être utilisés comme la fixation d’une valeur minimum par commande , la délégation de petits budgets assortis de carnets à souches , le report sur notes de frais de certaines dépenses de faibles montants , la sélection de fournisseurs ‘’pilotes ‘’ chargés de procéder aux approvisionnements de premier niveau avant assemblage …etc .

Quant à la mesure des coûts liés à l’administration des achats , nous voulons ‘’tordre le cou’’ à une vieille sottise qui prétend que le coût moyen de traitement d’une commande est représentatif des performances de l’équipe ACHATS  .

Cet amalgame est fallacieux  car les coûts des commandes d’achats varient énormément selon que l’on achète des articles standards ,des prestations intellectuelles , des composants et des sous ensembles de haute technologie avec éventuellement des contrôles  intermédiaires …  .

De plus , c'est un ratio dangereux : si l'on réduit le nombre de commandes, le coût moyen de traitement va augmenter car on ne va pas réduire simultanément les moyens mis en oeuvre , humains notamment (et nous ne parlerons pas non plus du nombre de commandes passées par acheteur !).

Il est préférable de rapporter toutes les sommes dépensées pour acheter au montant du budget ou du chiffre d'affaires "ACHATS" (c'est le COUT d' ACQUISITION bien connu des professionnels des achats).

Nos nombreuses observations montrent que ce ratio se situe dans une fourchette qui va de 0,6 % à plus de 7 % selon que l'entreprise est plus ou moins bien organisée et informatisée pour sa FONCTION ‘’ACHATS ‘’ ; et selon les secteurs d'activités qui achètent au coup par coup des petites séries ou au contraire des grandes séries (comme dans l'automobile ou la distribution concentrée par exemple).

Chaque entreprise doit  calculer son coût d'acquisition .

S’il se situe , pour l’industrie , aux environs de 3% du chiffre d’affaires achats (CAHA) ,il y a certainement des progrès à réaliser mais la situation n’est vraisemblablement pas trop mauvaise .

Notons aussi que le coût d’acquisition est sensiblement plus faible dans les entreprises qui appartiennent au secteur de la distribution concentrée .

 Soulignons enfin qu’à partir de la connaissance du coût d’acquisition , il sera possible de définir des OBJECTIFS DE REDUCTION ASSORTIS DES MOYENS POUR Y PARVENIR (nous reviendrons aussi sur ce sujet lorsque nous traiterons le TABLEAU DE BORD DE LA FONCTION ’’ ACHATS ’’.

 

1.2  LES ECONOMIES ‘’RELATIVES ’’

Nous parlons d’économies ‘’relatives’’ car  elles sont mesurées par référence à des outils de management internes à chaque entreprise . Ces outils sont indispensables pour piloter , gérer , décider en fonction des évènements qui surviennent; mais ils sont totalement inadaptés à la mesure des véritables performances ‘’ACHATS ‘’ qui seules corroborent et/ou améliorent les positions concurrentielles de l’entreprise .

Elles sont appréciées par rapport aux prix de revient standards et en comparaison du budget établi  au début de chaque exercice (reconnaissons toutefois qu’elles correspondent aux premières tentatives d’évaluation des performances ‘’achats’’ et qu’elles ont contribué à clarifier la problématique de cette mesure ) .

 

1.2.1. LA MESURE DES ECONOMIES PAR RAPPORT AUX PRIX STANDARDS

 La qualité et la fiabilité de ce type d’économies dépendent de la compétence et de l'objectivité avec lesquelles les coûts standards  sont déterminés.

Il est en effet facile de prendre un peu de ‘’marge de sécurité ‘’ pour être sûr qu’il y aura bien ‘’performance ‘’; mais outre que cela peut remettre en cause les positions des produits sur leurs marchés , c’est un comportement très dommageable pour l’équipe ‘’ACHATS ‘’ et sa crédibilité , surtout lorsque la performance est trop belle .

La mesure est simple à effectuer en comparant les prix effectivement payés à ceux qui avaient été anticipés; et les ‘’performances ‘’ACHATS peuvent très bien être mises à profit pour sous-tendre l'agressivité commerciale en répercutant en temps réel les ‘’économies ‘’mobilisées par les acheteurs dans les tarifs de vente .

Cette répercussion est fréquemment réalisée lorsqu’il s’agit de produits finis destinés à la consommation .

Elle est aussi souvent pratiquée dans les autres industries dans le cadre des plans de progrès/fournisseurs .

Pour conclure ce paragraphe , soulignons que les responsables ‘’achats ‘’ jouent un rôle essentiel pour mettre au point les prix standards , puisque EN MOYENNE DANS L’ INDUSTRIE LES ACHATS REPRESENTENT 71,4% DU CHIFFRE  D’ AFFAIRES – VENTES (source : Enquête Annuelle d’Entreprises du SESSI ) .


1.2.2. LA MESURE DES ECONOMIES EN COMPARAISON DU BUDGET  PREVISIONNEL

C’est une des premières démarches qui a été engagée sous l’appellation de ‘’cost - saving ‘’ chère aux entreprises anglo-saxonnes .

On retrouve ici les mêmes réserves que précédemment car tout dépend de l’authenticité avec laquelle le budget a été mis au  point . Nous n’y revenons donc pas et nous formulons simplement deux remarques :

-Les lois du marché s’imposent à tout le monde et le meilleur acheteur ne pourra pas obtenir des prix plus bas si les prix augmentent sur le marché...  sauf s’il a (très)mal acheté auparavant !

-Il est souvent très difficile de faire accepter aux Directions Générales des prévisions d’achats en baisse lorsqu’on établit les budgets; ceci tient peut-être au fait qu’elles projettent sur leurs entreprises ces évolutions ou peut-être aussi sont-elles définitivement conditionnées par les longues périodes inflationnistes  que nous avons connues .

Notons enfin que cette mesure peut être pertinente dans le cas des achats d’investissements ou d’ingénierie; c’est d’ailleurs de cette façon que certaines sociétés évaluent les performances achats à partir des réponses les moins élevées aux appels d’offres .

1.2.3. LA MESURE DES ECONOMIES PAR RAPPORT AUX PRIX PAYES AU COURS DE L'EXERCICE PRECEDENT

C’est la démarche la plus spontanée , elle est très facile à concrétiser car il suffit de rapprocher quelques factures .

Aussi , cette comparaison est pratiquement toujours effectuée ,notamment lorsqu’il s’agit de préparer une négociation et de dialoguer avec les fournisseurs .

 Elle a cependant le défaut de rester "égocentrique" et même si l'on achète moins cher que l'année dernière, cela ne démontre pas que l'on est au marché surtout lorsque les marchés sont à la baisse, les fournisseurs réclament toujours des hausses mais très rarement - voire jamais - des baisses !

Les collectes d’informations auprès de concurrents à l’achat qui achètent les mêmes produits ou prestations ne sont pas exemptes d’incertitudes (c’est le benchmarking qui a fait fureur et peut satisfaire les responsables achats les plus indolents ) .

En effet , rien ne prouve que les concurrents à l’achat sont aux prix du marché , qu’ils indiquent les prix réellement payés et qu’ils achètent mieux ,plus mal ,ou aussi bien à conditions quantitatives et qualitatives équivalentes .

ALORS, COMMENT IDENTIFIER , CARACTERISER , MESURER LES VERITABLES PERFORMANCES’’ACHATS’’ ?

 Cela conduit à prendre comme référence le seul vrai "juge de paix":

c'est-à-dire  LE MARCHE.

 

 

C’est le sujet qui fera l’objet du chapitre suivant ...

 

Le 9 février à Haguenau

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