Les conséquences du
refroidissement provoqué par les mesures gouvernementales ne sont
pas encore visibles dans les chiffres de la production, mais ont déjà
calmé l’envolée des prix.
Les derniers chiffres officiels chinois montrent une augmentation
de 25 % de la production d’acier pour la période janvier/avril
2004 par rapport aux quatre premiers mois de 2003, indiquant que
le rythme de croissance exceptionnel de la sidérurgie n’avait
toujours pas ralenti. Quant aux importations de minerai de fer, la
progression pour la même période est incroyable, 45 % !
Depuis le début du mois de mai, les autorités chinoises ont mis
en place des mesures pour tenter de refroidir la surchauffe de
l’économie. Le gouvernement essaie de ralentir la croissance à
un rythme soutenable – taux de croissance du PIB visé : 7 % –
pour permettre notamment aux nombreux goulets d’étranglement de
se résorber. Le fonctionnement du système industriel chinois est
actuellement fortement perturbé par une pénurie d’énergie et
d’eau, d’engorgement des ports – jusqu’à un mois
d’attente pour décharger du minerai de fer à Shanghai – et
le manque de moyens de transport ferroviaire.
Si ces mesures ne peuvent être que positives à long terme pour
l’économie chinoise, note Adam Rowley de Macquarie Research,
elles devraient à court terme avoir des conséquences extrêmement
négatives pour la sidérurgie. La production d’acier en Chine
devrait se stabiliser, mais à un niveau très haut, précise Paul
McTaggart de Morgan Stanley.
Le marché de l’acier subi déjà un déstockage massif qui a vu
le prix des coils laminés à chaud tomber à 350 dollars la tonne
contre 500 dollars au début mars. Plus spectaculaire encore, les
ronds à béton dont le prix était monté à 485 dollars la tonne
ne coûtent plus que 315/325 dollars, enregistrant une baisse de
plus de 30 %.
Les petites aciéries qui produisent des aciers pour la
construction réduisent déjà leur production. Pour les produits
plats, estime Adam Rowley, le bas niveau des stocks devrait
permettre un ajustement rapide. Le sentiment général, rapporte
l’analyste, est que le gouvernement devrait réussir à contrôler
le développement inconsidéré de la sidérurgie – au niveau
provincial particulièrement – et à calmer la poussée des prix
de l’acier et de ses intrants.
Le marché du minerai de fer indique un niveau exceptionnel tant
des importations que de constitution de réserves. Les
importations pour les quatre premiers mois de l’année
atteignent 63,8 millions de tonnes contre 148 millions de tonnes
pour l’ensemble de 2003, et les stocks accumulés dans les ports
se situent autour de 30 millions de tonnes, pratiquement au double
du niveau normal. Par contre, les stocks détenus par les aciéries
sont en baisse de 5 à 10 millions de tonnes, une décrue provoquée
par un début de déstockage et par l’engorgement du système
ferroviaire.
Les prix spot du minerai de fer ont également enregistré une
chute brutale. La tonne de minerai flambait à 120 dollars début
mars avant qu’une importation massive de minerai indiens et le
ralentissement des aciéries ne la fassent retomber vers les 50/60
dollars. Parallèlement le prix du fret maritime se dégonflait de
40 % en trois mois. Par contre, le prix du charbon vapeur tiré
par les besoins des centrales thermiques continue de s’apprécier.
Pour le charbon à coke le marché est toujours particulièrement
tendu, obligeant les chinois à diminuer drastiquement leurs
exportations, une situation qui soutient la hausse des prix.
Daniel KRAJKA pour l'USINE NOUVELLE