Les places de marché électroniques
Revue réalisée le WEB MEN du minitère des finances


 

Présentées, il y a un an, comme une révolution pour le commerce interentreprises, les places de marché électroniques (Marketplace) ont subi depuis l'éclatement de la bulle internet de plein fouet.
Le secteur est en plein restructuration et attend les premiers retours sur investissement.


 

Définition et typologie des places de marché

Selon Philippe Nieuwbourg, président de l'association européenne des places de marchés (AEPDM), une place de marché est "un lieu d'échange où plusieurs acheteurs et vendeurs se rencontrent afin de conclure des transactions. Les places de marché se différencient donc de l'e-commerce traditionnel, où plusieurs acheteurs négocient avec un seul vendeur, et de l'e-procurement, où un seul acheteur négocie avec plusieurs vendeurs. Nous sommes sur un système d'offre et de demande où des acheteurs et des vendeurs font état de leurs besoins et de leurs productions avec des propositions financières". ("L'Europe compte 800 places de marché", Ludovic Desautez, Journal du Net, 16/01/02).

Il n'y a pas de places de marché réservées aux grosses entreprises, et d'autres dédiées aux petites. Ces carrefours d'affaires permettent justement de relier des fournisseurs et des donneurs d'ordre quelle que soit leur taille.

Le cabinet d'études et de conseil britannique, Ovum, distingue 8 types de places de marché (Places de marché b-to-b : Ovum déchiffre les tendances d'un marché immature, François Morel, Journal du Net, 02/05/02)

- La marketplace ASP : qui fournit aux entreprises un set d'applications, intégrées prêtes à l'emploi,
- La place de marché transversale ou publique : ouverte à tout type d'acteurs,
- La place de marché sectorielle ou verticale : qui correspond à une place de marché publique répondant aux besoins critiques d'un segment spécifique,
- La collaboration privée au sein d'une chaîne logistique : Une communauté est établie entre plusieurs acteurs qui échangent entre eux des informations stratégiques pour tous,
- La place de marché de type consortium : créée entre des multinationales,
- La place de marché horizontale spécialisée dans certains types de produits
- La place de marché privée horizontale : Les utilisateurs effectuent leur choix de présence au sein d'un nombre toujours croissant de sites marchands b-to-b,

- Le portail vertical allégé

Sur la plupart des places de marché, les transactions ne sont pas finalisées directement en ligne, notamment pour des raisons juridiques et financières.

"En venant sur une place de marché, les acheteurs veulent surtout agrandir leur choix en trouvant de nouveaux fournisseurs. En outre, ils veulent pouvoir opérer des transactions en restant anonymes, ce qui est un avantage décisif dans le cadre de négociations commerciales. Enfin, ils cherchent à réduire le temps et les moyens consacrés à la fonction achat tout en rendant le process plus rigoureux." Il faut savoir qu'en moyenne le coût de traitement en entreprise d'un achat est divisé par dix sur une place de marché. ("L'Europe compte 800 places de marché", Ludovic Desautez, Journal du Net, 16/01/02)

Les vendeurs, de leur côté, cherchent à élargir leur portefeuille de clients et à s'ouvrir sur de nouveaux canaux de distribution en expérimentant la vente directe.

 

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De l'euphorie à la désillusion

Après avoir enregistré une forte ébullition en 1999 et 2000, le secteur des marketplaces s'est considérablement clarifié. Sur les 1500 places de marché européennes lancées depuis deux ans, moins de 300 sont aujourd'hui actives.
Les places de marché ont été reléguées au second plan des préoccupations des entreprises après le krach boursier et les attentats du 11 septembre. Beaucoup de start-up qui s'étaient lancées sur ce secteur ont déposé le bilan. Premières victimes de ce mouvement, les places de marché horizontales et indépendantes, à l'instar de Marketo, qui faute d'adhésion des clients potentiels, n'ont pas pu s'imposer (Vivendi Universal fait mourir Marketo en silence, Virginie Robert, Les Echos, 10/12/01. (Les places de marché découvrent la crise, Benoît Faucon, Les Echos, 19/02/01).

" L'échec (relatif) des places de marché vient du fait que leurs protagonistes ont eu du mal à trouver un modèle économique viable. Ainsi, beaucoup ont été initiées par des jeunes sociétés qui prévoyaient un retour sur investissement rapide grâce à un prélèvement sur les transactions. Mais le flux des transactions n'a pas été à la hauteur des espérances. Il est vrai que l'on avait placé la barre très haut et oublié que les autres canaux de distribution, les grandes surfaces par exemple, ont mis près de vingt ans à s'imposer. Des erreurs ont été commises également sur les plates-formes verticales lancées sans l'appui des professionnels des secteurs concernés". (Que reste-t-il des places de marché virtuelles? Florence Puybareau, La Tribune, 08/11/01).

La création d'une place de marché nécessite en effet de lourds investissements technologiques. Près d'une société sur deux avoue avoir sous-estimé les coûts liés à la conception, l'installation et l'exploitation d'une solution électronique." Ce sont des projets colossaux sur les plans financier, stratégique et organisationnel qui s'étalent sur trois à cinq ans, estime Emmanuelle Olivié-Paul, directrice associée chez Markess International. 'Nous estimons que les entreprises dépensent entre 0,5 et 2 millions d'euros chaque année'."(Les entreprises découvrent les coûts cachés de l'e-procurement, Laurance N'Kaoua, Les Echos, 17/09/01).
Sur ces coûts initiaux d'acquisition de plates-forme, se greffent des dépenses de conseil et des frais d'intégration technique. Et, pour 28 % des sociétés interrogées, ces solutions engendrent également des coûts humains, notamment en matière de conduite de changement. La moitié des sociétés avoue se heurter à des réticences internes.

A ces causes techniques et financières s'ajoutent enfin de l'incompréhension voire de la franche hostilité de la part des petits fournisseurs de l'industrie. Les idées reçues sont légions : "[nos] entreprises sont trop petites, trop modestes pour être concernée". "Comment obtenir des garanties sur la pérennité et le sérieux de telle ou telle place?". "Ces places de marché doivent prendre des commissions exagérées. On ne va pas entrer dans ce jeu, payer sans savoir ce que l'on va avoir au bout". "Puisque les places de marché ne cessent de vanter les performances de leurs services de sourcing,c'est que l'on doit être mis en concurrence avec on ne sait quel industriel est-européen ou coréen".(Ces PMI qui osent pousser la porte des places de marché, Juliette Ghiulamila, E+, 17/12/01).

La crise a bien évidemment touché les éditeurs de logiciels spécialisés. Aprés avoir bénéficié d'une croissance spectaculaire de leur chiffre d'affaires, Ariba, Commerce One et Rightworks ont connu un ralentissement brutal de leur activité. Aujourd'hui les anciennes vedettes du Nasdaq sont à la peine. (Commerce One et Ariba ne voient pas l'avenir en rose, La Tribune, 23/01/02). De nouvelles sociétés comme SAP, Oracle et I2 (qui a racheté Rightworks) commencent à se positionner sur le marché. Mais cette consolidation ne siginfie pas que la partie est gagnée par les éditeurs. Car comme le rappelle Alain Champion du distributeur informatique Allium, "beaucoup d'entreprises préfèrent développer leur propre plate-forme, car les logiciels sont très chers et souvent inadaptés à leurs besoins". (Les outils restent chers et les éditeurs déchantent, La Tribune, 08/11/01).


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Les perspectives de développement passent par une rationalisation du secteur


Devant toutes ces incertitudes, la tendance est au regroupement de poids lourds industriels pour fédérer leurs fournisseurs et un marché autour d'eux. Cela permet de réduire considérablement le risque d'échec tout en partageant les coûts de développement. Selon Philippe Nieuwbourg, "les modèles développés par les grands groupes devraient réussir, car ce sont des marchés captifs où les prescripteurs contrôlent toute la chaîne : clients, fournisseurs et financement". Usinor s'est ainsi associé avec ses trois principaux concurrents européens ThyssenKruppsteel, Corus et ArbedAceralia pour créer la plate-forme Steel24-7 réservée aux professionnels de l'acier (Les places de marché font du ... surplace, Claire Heitz, Le Monde Informatique, 11/01/02).

Le modèle qui s'impose aujourd'hui est mixte avec un abonnement fixe permettant de couvrir les frais de référencement et les coûts informatiques. Cet abonnement est associé à une commission sur les transactions réalisées payée par le vendeur (entre 0,2 et 1% du montant des transactions).
Pour assurer leur rentabilité et s'imposer en tant que véritables partenaires des entreprises, les places de marché essaient également d'être plus proches des attentes des utilisateurs qui recherchent avant tout des services et des prestations personnalisés (mise en ligne d'outils d'aide à la décision et à la vente, veille concurrentielle, sélection de fournisseurs...). La place de marché Assurland permet, par exemple, la comparaison des différentes offres émanant des prestataires sur la base d'un formulaire unique comportant entre 20 et 40 critères de sélection pertinents. (Les places de marché à votre écoute, L'entreprise, 01/09/01).
Pour assurer leur réussite, les plate-formes misent aussi sur une plus grande sécurisation dans l'échange d'informations. Elles espèrent ainsi accéder aux achats stratégiques des entreprises (Les places de marché apprennent leur métier dans la douleur, Nicolas Thierry, Les Echos, 07/05/01)


A l'heure actuelle, les secteurs d'activité les plus en pointe en matière de place de marché sont ceux qui sont les plus avancés dans l'EDI (Echange de Données Informatisées) : secteurs automobile, aéronautique et grande distribution. A contrario, les secteurs les moins structurés, comme le BTP ou l'agriculture connaissent des difficultés. (Remue-ménage autour des places de marché spécialisées dans le bâtiment, Guillaume Delacroix, Les Echos, 12/03/01)


Quant aux bénéfices constatés par les fournisseurs rejoignant une place de marché, 36% des sociétés ont déjà obtenu un retour sur investissement qui est, en moyenne, de 46%. Les trois plus grands bénéfices observés sont : l'amélioration de la relation client, la vitesse de transaction et la réduction des coûts de processus (Ne brûlons pas ce que nous adorions hier, Hubert Hondt, JDNet Solutions, 26/10/01)

 

A terme, selon Markess International, les entreprises françaises investiront 1,6 milliards d'euros d'ici 2003 dans la gestion électronique des achats. Soit 9% des dépenses consacrées à l'e-business. En 2005, 45% des échanges électroniques interentreprises pourraient passer par internet et les places de marché
Selon les experts, la clé du succès pour les places de marché résidera dans leur capacité à capturer l'information et à la distribuer tout au long de la chaîne d'approvisionnement.

 

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Vocabulaire des places de marché

Chaîne logistique (supply chain) : Regroupement de tous les acteurs qui interviennent au cours d'un processus d'approvisionnement

E-fulfillment : Processus de présentation des factures

E-procurement : Ensemble des technologies permettant à une entreprise d'automatiser sa chaîne d'achat et de passer commande auprès de fournisseurs via internet

Gestion de contenus : Gestion de la publication des catalogues

ROI : return on investment

Sourcing : Englobe les différents aspects de la veille fournisseurs

Source : Le Journal Informatique. 20/06/01

 

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Revenus des opérateurs de places de marché - prévisions 2006

Type de place de marché

Revenus estimés*
1. Marketplace ASP
17.625
2. Verticale et approfondie
33.966
3. Collaboration privée au sein d'une chaine logistique
2.264
4. Consortium industriel
16.983
5. Publique, horizontale et spécialisée
9.058
6. Publique, horizontale et généraliste
4.529
7. Verticale et allégée
6.793
8. Privée et horizontale
5.661

* en millions de dollars

Source : OVUM


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Les places de marché face au droit

Droit de la concurrence

Les places de marché relèvent d'un étrange paradoxe : des entreprises concurrentes se retrouvent agrégées et parfois partenaires au sein d'une même plate-forme de vente en ligne. Les risques liés à de telles alliances résident dans la possibilité de créer sur le réseau une situation d'abus de position dominante ou d'entente illicite contraires aux règles relatives à la liberté des prix et de la concurrence posées par l'ordonnance n° 86-1243 du 1er décembre 1986 et le traité de Maastricht.
(La place de marché : un nouvel espace de commerce virtuel, Eric Barbry, Laure Mosli, Le Journal du Net).

Pour l'instant ce sont les Etats-Unis qui ont engagé le plus grand nombre d'actions concernant ce domaine. Depuis un an, le Department of Justice (DOJ) enquête sur les accords conclus pour développer les places de marchés. En juillet, la Federal Trade Commission (FTC) lui a emboîté le pas et s'intéresse aux implications antitrust du commerce BtoB. Enfin, la commission sur le commerce du Sénat, a mis en place une procédure d'audition sur les implications antitrust des plates-formes de certaines compagnies aériennes. (La place de marché face au droit de la concurrence, Valérie de Senneville, Les Echos, 09/04/01).

Droit fiscal

L'activité des places de marché pose des problèmes de type fiscal essentiellement liés à la TVA. Par nature, une place de marché travaille au-delà des frontières. "Or, quand une place de marché hollandaise, qui a installé ses serveurs en Belgique, boucle une transaction entre une entreprise française et une autre allemande, les modalités fiscales sont loin d'être codifiées". (Philippe Nieuwbourg).

Droit des contrats

S'ajoutent enfin les problèmes sur les contrats comme les responsabilités engagées, la garantie ou le service après-vente.

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