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LE BONHEUR AUX ACHATS Un acheteur HEUREUX est-il plus performant ?
Le
boulot, nous martèle-t-on depuis toujours, ne serait qu'ennui et souffrance. Et
certains métiers comme les achats et l’approvisionnement sont particulièrement
ingrats. Pourtant, certains s'y épanouissent franchement. Reste qu'un acheteur
heureux est un acheteur efficace. Ce que, curieusement, peu d'entreprises ont
intégré. C'est
une sorte de mariage impossible. D'idylle contre nature. De noces improbables
entre deux valeurs que, semble-t-il, tout oppose : le plaisir et le
travail. Tentez donc votre chance. Interrogez le collègue installé en face de
vous et demandez-lui, à brûle-pourpoint, s'il prend son pied au boulot. Soit,
dans le meilleur des cas, il s'enquiert de votre santé mentale - «Ça va pas
la tête ?» - soit, effaré, il remplit illico une demande de mobilité
interne. S'il vous répond: «Oui, tous les jours, de 9 heures à 18 heures», méfiance :
il vous cache quelque chose... Et
puis, il y a une quasi-indécence à évoquer le plaisir à son propos. Pour
beaucoup de gens encore, la première des satisfactions du travail, c'est d'en
avoir un! Un job reste avant tout un moyen de se socialiser et de s'intégrer
dans la société. Souvent, aussi, un outil d'accomplissement personnel. Mais de
là à s'éclater au boulot... Un effet pervers des 35 heures. Le
plaisir est plutôt la cerise sur le gâteau. Surtout au moment où les dégâts
occasionnés par le stress et le harcèlement dans les entreprises commencent
tout juste à être pris en compte. Les ouvrages de Marie-France Hirigoyen (Le
Harcèlement moral. La violence perverse au quotidien, Syros) et de Christophe
Dejours (Souffrances en France, Seuil) ont été des best-sellers. Le Plaisir de
travailler (Editions d'organisation), de Maurice Thévenet, professeur au
Conservatoire national des arts et métiers et à l'Essec, ne prend pas, pour
l'instant, le même chemin... Enfin,
des conditions de travail rendues plus difficiles par les 35 heures : tout
ce qui procurait du plaisir, comme les relations sociales, est réduit à la
portion congrue, abandonné à cause de la pression. Alain Etchegoyen,
philosophe mais aussi consultant en entreprise - il a siégé au conseil
d'administration d'Usinor - l'avoue : «Je ne l'avais pas vu au début,
mais c'est l'un des effets pervers de la RTT : laisser penser que le
plaisir est toujours ailleurs que dans le travail, faire croire que la réduction
du temps de travail correspond à l'augmentation du temps de plaisir.» Résultat :
aujourd'hui, les jeunes diplômés ne jurent plus que par le fameux équilibre
entre vie privée et vie professionnelle - au grand dam des patrons. Les
workaholics (bourreaux de travail
faisant du travail leur seule religion…) font la Une des journaux, et votre
collègue qui finit tard est louche, forcément louche - il ne doit pas savoir
s'organiser. Alors, prendre du plaisir au boulot est au minimum suspect et, dans
tous les cas, injuste pour ceux qui n'y ont pas droit ! Est-ce vraiment
impossible ? Selon un sondage réalisé par l'Ifop en 2000 auprès des
16-25 ans, 48% d'entre eux voient dans le travail un moyen de gagner leur vie.
Mais ils sont 30% à y voir une source de plaisir. Une enquête du Credoc, le
Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie,
montrait, en 1996, que les Français associent au bonheur la santé, la famille
et, en troisième position, le travail. Devant l'amour, mais c’est parce
qu’ils le prennent ici comme une
condition pour accéder au bonheur (l’absence de travail, le chômage, n’étant
pas un facteur très positif…).
Les
recettes du bonheur Le Bonheur, c’est quoi au juste ? Difficile de répondre à cette question, car le bonheur, comme son opposé, la douleur, est une notion très subjective. Une approche minimaliste pourrait être de dire que l’absence de souffrance (morale ou physique) est déjà une forme de bonheur. Il est vrai que subir des pressions très fortes (retards fournisseurs à gérer, ruptures de stocks, tensions sur les prix des matières, brimades…) nous conduisent à des états de stress, voire de dépression pour certains. Le simple fait de quitter ces situations (à l’occasion d’un changement de poste ou d’une conjoncture qui s’améliore) nous amène à un état proche du bonheur. Mais au bout de quelques semaines, habitués que nous sommes à notre nouvelle configuration, notre insatisfaction revient. Il y a un côté « invisible » du bonheur qui fait que l’on n’en prend conscience que quand on le perd. Le Bonheur est-il la somme de « petits bonheurs, à la crête desquels nous « surferions », ou les moments de « grandes joies » nous permettraient-ils de tenir jusqu’au prochain pic de bonheur ? Peut-être qu’au final, c’est un peu le mix de tout cela. Le Bonheur est atteint lorsque ce que l’on fait nous plait. Intervient donc la notion de plaisir. Les
ingrédients du plaisir sont nombreux, et les recettes pour y arriver, variées.
Prenez, par exemple, un secteur d'activité excitant, comme la mode,
l’automobile ou les technologies de pointe. Beaucoup d’acheteurs y prennent
du plaisir parce qu'ils ont toujours rêvé d'y travailler ou parce qu'y décrocher
un job est valorisant. Quand bien même les conditions de travail ne sont pas idéales.
Le bien-être peut aussi provenir du pouvoir exercé, de l'expertise développée,
du sentiment de bien maîtriser son savoir-faire. De l'ambiance, également.
C'est un élément très important pour les jeunes. Pour eux, la qualité des
relations est primordiale. Bref,
un cocktail subtil... et variable selon les gens. Le sentiment d'être utile,
donc de faire un travail valorisant, une équipe soudée et complémentaire, une
ambiance sympathique, un défi à relever avec l'impression qu'on en donne les
moyens - formation continue, salaire, supérieurs ouverts et réceptifs, etc. Avec
la variété, l'autonomie et la responsabilité sont les conditions qui
reviennent le plus souvent dans les raisons de ceux qui prennent du plaisir en
travaillant. C'est ce qui explique en partie l'évolution des modes de
management vers la gestion de projet, le fonctionnement en centres de profit
autonomes, etc. L'idée de faire en sorte que chacun ait l'impression d'être
libre dans son travail, s’impose de plus en plus auprès des grandes
entreprises. Est-ce
à dire qu’il y aurait un accès inégal dans le plaisir au travail selon le
niveau hiérarchique ou le métier exercé ? Un Directeur des achats Monde
serait-il potentiellement plus proche du bonheur qu’un approvisionneur sur
site de production ? Là encore, la réponse ne peut pas être aussi tranchée.
La charge de travail et les responsabilités de notre Directeur peuvent
l’amener à des doses de stress importantes, tandis que l’approvisionneur
saura faire la part des choses et récupérer lors des ses RTT toute l’énergie
et sa motivation. Finalement,
la vision de ce qu'est un bon ou un mauvais job est très générale. Parce que
la manière dont nous vivons le travail est avant tout personnelle. C'est
surtout ce que nous projetons de nous-mêmes dans ce que nous faisons qui nous
procure de la satisfaction. Les critères du bonheur, et sa mesure La
notion de bien-être dans son job repose sur trois critères fondamentaux et
universels. C’est notre « théorie du Tabouret ». Prenez un
tabouret. Le nombre optimal de pieds pour qu’il puisse tenir debout est trois.
Pour que son assise vous permette de vous asseoir, elle ne doit pas accuser une
pente trop forte. Il faut donc que la longueur des trois pieds soit à peu près
identique. Que l’un d’entre eux soit trop court ou trop long, vous basculez.
Il en
va de même pour le bien-être, et ses trois piliers sont : Ø
Le travail que l’on exécute et l’intérêt que l’on y
trouve Ø
Le salaire que l’on perçoit de ce travail Ø
La reconnaissance qu’on en tire Imaginons
un approvisionneur qui adore son job, touche un bon salaire mais ne reçoit
aucune reconnaissance, estime, pour ce qu’il fait… A la première occasion
il cherchera à quitter son job. Ou bien l’acheteur qui se passionne pour le métier,
est reconnu en interne et en externe, mais considère que sa rémunération est
trop faible, il aura très rapidement un sentiment d’insatisfaction… Mesurer
le niveau de bonheur peut sembler difficile, et effectivement ça l’est. Une méthode,
tirée de la théorie du Gap (écart) permettrait de le faire : votre
bonheur serait inversement proportionnel à la moyenne de trois écarts. Ø
L’écart (gap) entre ce que vous avez et ce que vous souhaitez Ø
L’écart entre vos conditions actuelles et vos meilleures
conditions passées Ø
L’écart entre ce que vous avez et ce que les autres ont Une valeur d'entreprise L'idée
de prendre du plaisir en travaillant est plus en vogue de l'autre côté de
l'Atlantique. Car la culture du travail y est bien différente. Des enfants, nés
en France et élevés aux Etats-Unis, se sont vu inculquer à l'école que c'est
à eux qu'incombe la responsabilité d'être employables et de gagner de
l'argent en faisant le ou les métiers qu'ils auront choisis, et le tout en
ayant du fun. Conformément à l'éthique protestante, le travail est présenté
comme la priorité dans la vie. On pourrait dire que les Américains vivent pour
travailler, alors que les Français travaillent pour vivre. Pour
nous même, inotti.com le credo est le plaisir au travail, et nous carburons à
l’indépendance : «La liberté et l'autonomie, c'est déjà une grande
source de contentement.» Le
plus curieux, c'est que les entreprises ne semblent pas se passionner outre
mesure pour ces problématiques, qui sont pourtant essentielles. Pour une raison
simple et vieille comme le monde: un salarié heureux est un salarié efficace.
A fortiori aux achats ou aux approvisionnements. Cerise
sur le gâteau, un salarié épanoui est un salarié fidèle... Alors, chez
Lilly France et dans plus en plus d’entreprises, on met le paquet sur l' «épanouissement
professionnel» et un «bon environnement de travail», des services de proximité
ou intégrés dans l’entreprise (la halte-garderie, le garagiste, la
coiffeuse…). Une réflexion qui n'a pas échappé aux dirigeants de la filiale
suisse de la société de services informatiques française Steria. Dans
l'exercice délicat de la définition des quatre valeurs maison, ils mettent en
avant «le plaisir au travail», au même titre que «la qualité de la
prestation au service des clients», «la rentabilité de nos activités» et «le
développement de nos collaborateurs». L’objectif, c'est de fidéliser les
compétences. Concrètement, cela se traduit par la batterie habituelle des
avantages proposés aux salariés des grands groupes : épargne salariale,
outils de travail performants, soirées avec les conjoints, séminaires au
vert... Mais
beaucoup d'entreprises semblent passer à côté de cette réflexion. «Leurs
dirigeants n'ont pas pris conscience de l'intérêt de se demander quel plaisir
les gens prennent à faire leur travail. Sauf dans des cas particuliers, comme
l'expatriation ou les hauts potentiels, l'idée de s'intéresser à ce que les
gens vivent en dehors de l'entreprise pour comprendre ce qu'ils vivent au
travail n'est pas très répandue.» Faut-il vraiment s'en plaindre ? Car,
après tout, décréter le plaisir au travail, c'est aussi un discours de
patron...
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