Stanley Milgram (1933 -
1984), psychologue américain, a émis l'hypothèse qu'il n'existe que six degrés
de distance entre un individu donné et n'importe quel autre individu sur la
planète. Il est donc possible d'entrer en contact avec n'importe qui uniquement
en utilisant notre réseau de connaissances. C'est la fameuse formule de Milgram
: "it's a small world".
Pour le prouver empiriquement, il a sélectionné aléatoirement 300 habitants
de la ville d'Omaha dans le Nebraska. Puis, il a demandé à chacun d'entre eux
de faire parvenir un colis à un habitant de Boston. Ils ne connaissaient que le
nom et le métier de la cible à contacter. Bien entendu, ils ne pouvaient
utiliser que leur réseau de connaissances. Ils ont donc tous sélectionné une
première personne la plus proche possible de l'expéditeur puis lui ont
transmis le colis. Cette personne a procédé de la même façon jusqu'à
atteindre l'expéditeur.
Il a fallu au maximum 7 étapes pour atteindre l'expéditeur et en moyenne, il
n'a fallu que 6 étapes. Mais Milgram n'a pas pu démontrer cette théorie en
s'appuyant sur un test à plus grande échelle.
En 1998, Une équipe du département de Sociologie de l'université de Columbia
(New York) a lancé le projet "Small
world research project" pour démontrer cette théorie en utilisant les
possibilités offertes par le réseau Internet et par l'email. Elle s'est appuyée
sur 61 168 internautes issus de 168 pays, de différents âges, de différentes
origines sociales, de différentes professions, qui n'avaient le droit qu'à un
seul email pour contacter un inconnu (un universitaire américain, un policier
australien,…). Sur les 24 000 cibles à contacter, seules 384 ont été
atteintes. De nombreuses personnes contactées, n'étant pas volontaires pour le
test, n'ont en effet pas donné suite à l'email qu'elles ont reçu.
Leur mission : parvenir à trouver
le plus rapidement possible un illustre inconnu. Lorsqu'on dresse un
profil-type du messager (le "sender"), il est le plus souvent nord-américain,
généralement instruit et chrétien. Les armes dont
il dispose : un seul e-mail par personne. Les règles du "jeu" : se
servir de sa seule cartouche-mail pour joindre un contact que l'on considère
plus proche que soi de l'objectif, et lui même devra faire passer ce message
jusqu'à ce que l'inconnu soit retrouvé.
Les
premiers contacts sont avant tout adressés aux amis (67 %), vient ensuite
la famille (10 %) et les collègues (9 %). De plus,
l'origine de ce contact est, dans 25% des cas, le travail, puis vient
l'université (22%) et la famille (19%). En majorité, les individus sollicitent
donc des amis rencontrés sur le lieu de travail. Cependant,
les personnes contactées ne font pas partie des volontaires et ne font pas
toujours l'effort de chercher un contact, ce qui fausse l'expérience. Ce phénomène
est classé par les chercheurs dans le "taux d'usure de la chaîne".
Il se peut également que la chaîne ne trouve pas son but et se brise.
En
conséquence, les chercheurs ont dû prendre en compte tous les paramètres et
obtiennent une moyenne de 5 à 7 intermédiaires nécessaires pour joindre un
inconnu. Seuls quatre intermédiaires en moyenne étaient nécessaires pour les
384 chaînes soient parvenues à dénicher leur cible. Ce qui laisse penser
comme Stanley Milgram, que le monde est bien petit...
Les résultats ont confirmé la théorie de Milgram : il faut entre 5 et 7
intermédiaires pour joindre n'importe qui sur Terre.
Cette théorie montre que les individus ne mesurent généralement pas
l'importance de leur réseau de connaissances. Ils ont une perception erronée
de leur importance dans la société. Elle montre également l'efficacité du
bouche-à-oreille et la rapidité avec laquelle une rumeur peut se propager.
Mais elle ouvre également la porte à de nouvelles méthodes de communication
et de recherches, basées sur ce principe. Un
peu comme celle proposée par inotti.com avec le réseau Mangouste.