u Jintao, le président
chinois, lorgne sérieusement le brut sibérien et ne s'économise pas dès
lors qu'il s'agit de trouver des sources d'approvisionnement pétrolier.
Car, si l'économie chinoise connaît une croissance prodigieuse, le
successeur de Jiang Zemin n'oublie jamais la principale difficulté de son
pays : le manque de ressources énergétiques, en particulier de pétrole.
En voyage officiel en Russie en fin de semaine dernière le quatrième
en trois ans , Hu Jintao avait donc pour objectif de convaincre Vladimir
Poutine de construire un oléoduc stratégique, permettant
d'approvisionner le nord de la Chine en brut sibérien. L'histoire ne dit
pas encore s'il a réussi à se montrer suffisamment persuasif, mais à
l'issue de cette visite, qui aura duré quatre jours, le groupe pétrolier
public russe Rosneft et le numéro 1 chinois du secteur, China National
Petroleum Corp, ont signé un «accord de coopération à long terme».
En Chine, les besoins en or noir deviennent de plus en plus importants.
Il y a plus de dix ans, le pays s'autosuffisait en matière énergétique.
Aujourd'hui, il se classe au deuxième rang des plus gros importateurs au
monde, juste derrière les Etats-Unis. Selon Serguei Lousianine, chercheur
à l'université des Relations publiques de Moscou et spécialiste de la
Chine, «le pays doit importer chaque année de 90 à 100 millions de
tonnes de pétrole au minimum». Un volume colossal, qui ne lui permet
pourtant pas de satisfaire ses besoins. Résultat : «Un tiers des
entreprises ne travaillent pas au maximum de leurs capacités.» A
terme, le danger est un ralentissement de la croissance, alors que le président
Hu Jintao souhaite justement voir le PIB chinois multiplié par quatre
d'ici à 2020...
A priori, le dossier ne se présentait pas au mieux pour les Chinois.
En décembre 2004 en effet, après avoir hésité entre deux possibilités
un tracé de l'oléoduc en direction de la Chine ou un autre en
direction du Japon , les Russes ont finalement opté pour le Pacifique,
au grand dam de Pékin. Les débats sur le tracé du pipeline ont
d'ailleurs compté dans l'affaire Ioukos : Mikhaïl Khodorkovski,
milliardaire déchu condamné récemment par la justice russe à neuf ans
de prison, plaidait justement pour un oléoduc desservant la Chine. Une
prise de position jugée menaçante par le pouvoir en place, et pour
Transneft, le monopole d'Etat pétrolier.
Si pour Thomas Gomart, responsable du programme Russie-CEI à
l'Institut français des relations internationales, le tracé a été
officiellement choisi fin 2004, «les autorités russes, sous pression
chinoise, semblent peu à peu revenir dessus». A terme, un
embranchement vers la Chine, dans la région d'Irkoutsk en Sibérie,
pourrait bel et bien voir le jour. Selon un haut responsable chinois, les
deux pays auraient même déjà trouvé un terrain d'entente. Cette partie
de l'oléoduc pourrait être construite avant même que le pipeline
n'arrive sur le Pacifique. Pour Thomas Gomart, c'est «une affaire de
trois à quatre ans».