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La
Chine : investisseur ou prédateur en Afrique ?
extrait
d'un article de François Lafargue
(Les
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le N°5 de 360° intitulé "la stratégie de prédateur de la
Chineen Afrique" d'Emilio Cominotti)
Le
décollage de la Chine a été bénéfique pour les pays africains qui
ont trouvé un nouveau débouché pour leur commerce extérieur, et
surtout bénéficient de la hausse sensible du cours des matières premières.
Entre 1992 et 2002, la consommation d'acier en Chine a progressé de 20
% alors que la moyenne mondiale s’établissait à 4 %. Des minerais
comme le cuivre (indispensable dans l’industrie électrique et électronique)
et le nickel ont connu depuis 2001 une appréciation sensible. En mars
2005, la valeur moyenne de la tonne de nickel à Londres (marché au
comptant) s’établissait à 16 255 euros contre 3 725 euros en décembre
1998. La croissance économique en Afrique du Sud (3,6 % en 2002, puis
3,7 % en 2004), comme l’amélioration de la situation financière de
l’Algérie et du Nigeria (avec des taux de croissance économiques
respectifs de 6,8 % et de 10 % en 2003), peuvent être en partie mises
au crédit de la Chine. Reste, comme le remarque Jean-Pierre Angelier,
que « la tendance haussière actuelle tient donc à une
conjonction de facteurs […], et en particulier à la croissance
simultanée des économies américaine et chinoise : avec une
croissance réelle de 3,1 % en 2003, le PIB des Etats-Unis a augmenté
de 323 milliards de dollars ; alors qu’avec une croissance de 7,8
%, la même année, le PIB de la Chine a crû trois fois moins (de 96
milliards) ». Cette euphorie risque
bientôt de se dissiper, en raison de la hausse sensible des prix
agricoles. Les pays africains restent des importateurs majeurs de céréales
comme le maïs et le blé ; là aussi, le développement de la
Chine se fait sentir, mais de manière négative. Si l’objectif de
nourrir plus d’un milliard d’hommes a été atteint, la situation
agricole chinoise n’en reste pas moins précaire. Certes les progrès
ont été spectaculaires depuis les années 1960. La Chine est
aujourd’hui le premier producteur mondial de blé (91 millions de
tonnes en 2004) devant l’Inde, la Russie, les Etats-Unis et la France.
La Chine est également le premier producteur mondial de riz (176
millions de tonnes) devant l’Inde et l’Indonésie. En vingt ans, la
production porcine chinoise a quadruplé et représente désormais plus
de 50 % de la production mondiale.
Mais
ces statistiques flatteuses ne doivent pas faire illusion. Non seulement
ces chiffres doivent être appréciés avec circonspection, mais
surtout, la vétusté des infrastructures de stockage et de transport
provoque d’importants gâchis. En réalité, la production stagne. En
1986, la Chine produisait 177 millions de tonnes de riz, quinze ans plus
tard, le chiffre était comparable. Pour le blé, la Chine obtenait les
mêmes récoltes voici quinze ans. La surface agricole utile est
particulièrement limitée (7 % de la superficie du pays) et ne cesse de
se réduire à cause de l’urbanisation. Avec l’adhésion à
l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Chine va devoir
effectuer un profond effort de modernisation de son agriculture, pour
augmenter les rendements. Les résultats risquent d’être timides,
ruinés par l’augmentation de la population. Dans le domaine agricole
aussi, la Chine est tributaire des Etats-Unis et de leurs alliés, le
Canada, l’Australie et l’Argentine. En 1998, les importations
agroalimentaires représentaient 5,3 % des importations totales, et 4,5
% en 2001. En réalité, le volume des importations agro-alimentaires
n’a cessé d’augmenter, moins rapidement il est vrai que
l’ensemble des importations. Le déficit de la balance agricole a été
multiplié par trois de 1998 à 2001. La Chine est le quatrième
importateur agricole mondial après l’Union européenne, le Japon et
les Etats-Unis. Certes, il existe des mesures économiques permettant de
limiter cette dépendance alimentaire en encourageant la production
nationale par le biais d’aides financières ou de prix élevés afin
de réduire l’exode rural. Mais ces dispositions ne se révèlent pas
toujours suffisantes.
En
réalité se conjuguent en Chine plusieurs éléments qui nourrissent le
pessimisme. La réduction de la surface agricole utile, la
multiplication des pénuries d’eau limitant l’irrigation, et l’élévation
du niveau de vie amenant à une modification des comportements
alimentaires, menacent l’avenir. Des achats de céréales croissants
sur les marchés internationaux auront immanquablement des répercutions
négatives en Afrique. En 2002-2003, le Maroc, l’Algérie et
l’Egypte ont importé 15 millions de tonnes de blé, notamment du
Canada. Les pays d’Afrique sub-saharienne pèsent peu sur les marchés
mondiaux de céréales à cause des faibles quantités importés, néanmoins
toute appréciation des cours aurait des incidences financières néfastes.
Le Nigeria est devenu le premier importateur africain de riz et, de manière
générale, l’Afrique achète le quart des importations mondiales de
riz. Certes à ce jour il n’existe pas de prix mondial pour cette céréale
(car seul 6 % de la production mondiale de riz est exportée), mais les
prix fixés par la Thaïlande, premier exportateur mondial (25 %)
servent de référence. En Afrique, nul ne peut nier que le prix du riz
ne cesse de s’apprécier. A l’augmentation des cours mondiaux (10 %
en moyenne depuis 2001), s’ajoute également le prix du transport
maritime.
De
même l’expiration de l’accord multifibre en janvier 2005 provoque
une véritable inquiétude en Afrique. Plusieurs pays où la confection
est une activité majeure redoutent la concurrence chinoise. Au Maroc,
le textile est le premier poste d’exportation et représente 45 % de
l’emploi industriel. Les industriels chinois peuvent proposer des prix
50 % à 60 % moins chers qu’au Maroc ou en Tunisie. Certes, la
proximité géographique et culturelle du Maghreb avec l’Union européenne
joue en sa faveur (avec des délais de livraison réduits), mais pour un
temps sans doute limité. Enfin, les relations entre la Chine et
certains pays d’Afrique ne semblent pas équitables. En échange de la
construction d’équipements, la Chine présente des exigences jugées
parfois excessives comme l’octroi d’importantes zones de pêche.
La
présence et le dynamisme de la Chine populaire en Afrique obéissent
donc à plusieurs logiques. Comme le souligne Chris Alden, paraphrasant
le titre du pamphlet de Shintaro Ishihara, « l’Afrique peut dire
non ». Les pays africains doivent exiger des relations économiques
plus équitables avec la Chine, ne pas se contenter d’exporter leurs
matières premières mais, en échange, bénéficier de transferts de
technologie. Profitant de la crainte que peut susciter l’émergence de
la Chine, l’Inde tente de proposer aux pays africains un partenariat
plus équitable. L’Inde, confrontée également à une dépendance énergétique,
ne peut rivaliser en termes financiers avec la Chine et propose à ses
fournisseurs une coopération technique (transferts de technologie,
projet informatique Sofcomp, vente de médicaments, etc.). Cette
concurrence entre les deux géants asiatiques pourrait être favorable
au développement du continent africain.
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