Ethique des affaires

Juste une histoire de codes ?

 

La dimension de certaines entreprises ne cesse de croître, et il leur est de plus en plus difficile de contrôler les agissement de leurs employés, notamment tous ceux qui sont au contact de tiers, notamment les acheteurs. Pourquoi ce besoin de contrôle ? Ne peut-on donc pas faire confiance à l’Homme ? C’est qu’il ne s’agit pas trop de confiance, mais plutôt de cohérence.

En effet, lorsqu’il n’y avait qu’une petite équipe d’acheteurs en relation avec les fournisseurs, leur comportement était facile à suivre et il était souvent similaire au sein de l’équipe. Les uns ayant formé les autres, il y avait souvent mimétisme, dans les grandes lignes et les règles fondamentales.

Avec l’explosion des effectifs et leur éparpillement, sans compter les fusions, rachats et autres « recollages », cela s’est un peu compliqué.

Les acheteurs n’ont pas les mêmes comportements face à une situation donnée, n’ont pas les mêmes règles de fonctionnement ou de conduite face aux sollicitations externes, et n’ont pas forcément la même appréciation du « politiquement correct » en fonction de leurs cultures respectives. Il s’en dégage un grand flou artistique que les fournisseurs, habiles à le détecter, s’empressent d’exploiter à leur avantage…

 

Quelle est la parade ?

 

Rédiger un code de – bonne – conduite semble être la solution idéale. La solution n’est pas nouvelle, puisque l’on peut compter dans les exemples de tels codes le serment d’Hippocrate (460-370 aJV). Elle a été depuis reprise par bien des corporations (codes déontologiques), des corps militaires (codes d’honneur, bushido) ou religions (règles et commandements). Mais elle peut tout aussi bien n’être le fait que d’un seul homme par sa discipline de vie qu’il s’impose.

 

Mais l’éthique ne fait pas la distinction entre se qui est bien et mal (du point de vue de la morale, ou tout simplement de celui de l’organisation). Une éthique individuelle, même forte, ne satisfait pas l’entreprise et son besoin de cohérence.

 

 

 

La volonté de créer de la cohérence

 

Naissent ainsi codes éthiques, chartes du même nom, règles de conduite et autres contraintes…

Nous pouvons citer, parmi bien des exemples, le code d’honneur de la CDAF, stipulant entre autre :

« C'est pourquoi le respect du Code de l'Honneur s'impose impérativement à tout acheteur qui, par cet engagement, justifiera la fonction et la confiance dont il a été investi.

 

DE L'HONNEUR PROFESSIONNEL

Sur .le plan professionnel, l'acheteur se doit d'exercer sa mission en toute loyauté vis-à-vis. de son employeur et dans le respect des règles de déontologie de la profession.

Ces règles correspondent à une notion difficile à circonscrire dans un texte précis et exhaustif mais qui peut s'apprécier à. partir des principes énoncés ci-après :

  • Respecter la législation

  • Agir à-vis des fournisseurs avec probité et impartialité

  • N'accepter aucun avantage personnel, direct ou indirect, susceptible d'influencer une décision professionnelle.

  • Ne pas fausser, directement ou indirectement, la concurrence.

  • Respecter le caractère confidentiel des informations ou des biens immatériels de propriété industrielle et commerciale des fournisseurs dont la divulgation serait de nature à porter atteinte à leurs intérêts.

  • Respecter les règles générales d'honorabilité; l'honnêteté intellectuelle n'étant nullement incompatible avec l'habileté. »

Nous pourrons citer un extrait du code éthique de l’IFPMM qui est un peu plus précis dans le détail :

« Les membres n'emploieront pas leurs autorité ou position pour leur intérêt personnel et chercheront à confirmer et à augmenter la position des Achats et des professions de gestion des approvisionnements et de la fédération en : 

A)

 

Maintenant un niveau irréprochable d'intégrité dans tous leurs rapports d'affaires à l'intérieur et en dehors des organismes dans lesquels ils sont employés;

B)

 

Stimulant les niveaux les plus élevés de compétence professionnelle parmi les collaborateurs dont ils sont responsables;

C)

 

Optimisant l'utilisation des ressources desquelles ils sont responsables afin de fournir l'avantage maximum à leurs employeurs;

D)

 

Acquiesçant à la lettre et l'esprit :

 

I)

des lois du pays dans lequel ils pratiquent;

 

II)

des conseils de la fédération sur la pratique professionnelle comme décrite ci-dessous et comme peut être publié par la fédération de temps en temps; et

 

III)

Des engagements contractuels.

E)

 

Rejetant et dénonçant toute procédure de gestion qui est inexacte; et

F)

 

Augmentant la compétence et la stature de la profession en acquérant et en maintenant des connaissances techniques courantes. »

On peut également lire ce petit extrait de la charte Véolia (dont vous pouvez trouver ci-après l’intégralité au format pdf) :

Règles de comportement individuel

Rétributions, avantages et cadeaux

Nous n'acceptons aucune rétribution d'un fournisseur quels qu'en soient l'objet

et la forme (rémunération, commission, prêt,…)

Nous nous interdisons de bénéficier ou de faire bénéficier quiconque, à titre per-sonnel,

de prestations ou d'avantages financiers offerts par nos fournisseurs sous

forme de rabais, ristournes, primes ou tout autre moyen, à l'occasion d'achats de

biens et de services effectués au nom de Veolia Environnement ou de ses filiales.

Cette règle ne souffre d'exception que lorsqu'il s'agit d'avantages concernant tous les

salariés de l'entité au nom de laquelle sont conclus certains contrats.

Accepter un cadeau ne doit, en aucun cas, nous placer dans une situation fausse

vis-à-vis du donateur. Pour éviter toute ambiguïté :

- Nous n'acceptons que des cadeaux d'usage d'une valeur symbolique qui

ne peuvent être interprétés que comme une manifestation de courtoisie

et, en cas de doute, nous n'hésitons pas à demander l'avis de notre

supérieur.

- Nous refusons poliment mais fermement les cadeaux qui, au regard de

ces règles, apparaissent comme déplacés : dans le cas où l'expression

d'un tel refus pourrait apparaître délicate, nous en référons à notre

supérieur hiérarchique pour donner au cadeau une destination caritative.

1- A titre indicatif, on peut évoquer les dispositions du code Général des Impôts qui

admettent que la TVA sur les cadeaux "de faible valeur" offerts par une entreprise

est récupérable et fixent le montant maximal à retenir à 200 francs (31 €) TTC (arti-cle

257.8aa et article 23N annexe IV - Code Générale des Impôts).

Repas d'affaires

Les repas d'affaires sont destinés à renforcer des relations professionnelles exis-tantes

avec les fournisseurs. Nous n'y incitons pas et, a fortiori, nous ne les sollici-tons

pas. Nous ne les acceptons qu'avec une fréquence raisonnable. Nous évitons les

invitations somptuaires et, dans le souci d'une relation équilibrée, nous veillons à

une relative réciprocité.

Nous avons pour principe de ne pas accepter les invitations de nos fournisseurs

à des manifestations de détente ou de distraction (réceptions, spectacles), sauf si cel-les-

ci correspondent à des opérations publicitaires ou à un programme de relations

publiques largement ouvert. En pareil cas, nous devons en référer à notre supérieur

hiérarchique qui appréciera la conduite à tenir en fonction de l'intérêt professionnel

de l'événement.

Séminaires et voyages d'études

Notre participation à une visite d'usine, à un audit technique d'un fournisseur ou

encore à un voyage d'étude ou à un séminaire organisé par ce fournisseur ne peut

être envisagée que lorsque le programme de ces opérations a un caractère profes-sionnel,

en relation directe avec notre fonction. Lorsque cette manifestation impli-que

des déplacements importants ou d'une durée inhabituelle, notre participation

doit être autorisée par notre hiérarchie sous forme d'un ordre de mission.

La question de savoir s'il est possible d'envisager une prise en charge des frais

de participation engagés par le fournisseur qui organise la manifestation doit être

systématiquement posée ; cette prise en charge par l'entité dont relève ce collabora-teur

est la règle ; la participation à une manifestation qui n'est pas prise en charge

par le Groupe doit rester l'exception. Il est recommandé, dans un souci de transpa-rence

interne, d'établir un compte-rendu de telles manifestations.

Conflits potentiels d'intérêts

Liens personnels avec des fournisseurs

Nos intérêts personnels ne doivent pas interférer dans le traitement des opéra-tions

que nous menons pour le compte de Veolia Environnement ou de ses filiales

ni créer une situation de conflit d'intérêts.

Celle-ci s'entend de toute situation dans laquelle notre pouvoir d'appréciation ou

de décision est susceptible d'être influencé par la prise en considération d'intérêts

nés de l'existence de liens directs ou indirects que nous avons à titre personnel avec

un fournisseur.

Ces liens sont directs lorsque nous sommes personnellement impliqués, indi-rects

lorsqu'ils concernent des membres de notre famille ou des proches.

Ils peuvent résulter de la détention d'une participation financière chez un four-nisseur,

d'une activité exercée pour son compte en qualité de salarié, de consultant,

de représentant, ou d'une opération pour laquelle nous sommes, à titre privé, en rela-tion

d'affaires avec lui.

Par ailleurs, à l'occasion des contacts suivis qui s'instaurent avec un fournisseur,

nous pouvons aussi être amenés, à titre personnel, à nouer des liens d'amitié avec

nos interlocuteurs. Le domaine de ces relations amicales ne peut, sans précaution,

coïncider avec celui de nos relations professionnelles au risque de donner l'impres-sion

qu'un favoritisme personnel a guidé notre décision.

Dans toutes les situations de cette nature, nous devons :

- Informer sans délai notre supérieur hiérarchique

- Nous garder de toute intervention dans la relation commerciale menée

avec ce fournisseur pour le compte de Veolia ou de ces filiales, sauf

autorisation écrite de notre hiérarchie.

Relations d'affaires entre Veolia Environnement et l'un de ses

anciens collaborateurs

Le fait d'avoir appartenu au Groupe n'ouvre aucun droit à nouer, dans des condi-tions

privilégiées, des relations d'affaires avec celui-ci : tout achat de biens ou de

services entre une société du Groupe et un ancien salarié de celui-ci doit être réalisé

à des conditions équivalentes à celles du marché.

Lorsqu'une telle opération est projetée avec un salarié sur le point de quitter le

Groupe ou ayant quitté celui-ci depuis moins de cinq ans, ou avec une société dans

laquelle ce salarié a des intérêts directs ou indirects, cette dernière doit être autori-sée

par la hiérarchie.

 

La rédaction de ces codes de bonne conduite n’est pas sans quelques risques. L’adhésion n’est pas forcément automatique et des tensions sociales peuvent naître de certaines maladresses dans la présentation et l’implémentation de ces codes. On peut minimiser ces risques en faisant appel à certains cabinets spécialisés sur le sujet. Comme Socrates, qui a mis au point toute une méthodologie et une approche des plus pertinentes, qui peut d’ailleurs s’adapter à d’autres thématiques…

 

mardi 08 mars 2005

LA MESAVENTURE D'UN CHANTRE DE LA BONNE CONDUITE...

Il avait été embauché pour restaurer l'éthique chez le constructeur d'avions. Le patron de Boeing a sauté hier. Non, il n'a pas volé dans la caisse. Non, il n'a pas mal géré son entreprise. Au contraire, l'action a doublé en deux. Non, Si Harry Stonecipher a démissionné, c'est parce qu'il avait une affaire avec une collègue de bureau (comme on dit). En fait, avoir une aventure au travail n'est pas formellement interdit par la code de bonne conduite de Boeing. Mais, le conseil a estimé, après enquête, que cela affaiblissait sa capacité à diriger l'entreprise. Donc dehors. Signalons qu'Harry Stonecipher s'est fait prendre, sur dénonciation. C'est un cadre de Boeing qui a dénoncé son patron via une lettre anonyme. Ambiance. Mais, en fait, Harry Stonecipher peut s'en prendre à lui même. Car, c'est lui qui a écrit ce fameux code de bonne conduite, lui qui défendait l'éthique au travail. Car, en arrivant à la tête de l'entreprise, il y a 15 mois, sa mission était de restaurer l'honneur et la réputation de Boeing, gravement atteinte après un scandale de corruption. Pour emporter un contrat sur des avions ravitailleurs, Boeing avait soutiré des informations secrètes en embauchent une ex du Pentagone. L'Armée américaine naturellement avait très mal pris la chose. Boeing devait donc réagir, se refaire une virginité auprès de son premier client : l'armée américaine. C'est ainsi que Boeing était allé chercher Harry Stonecipher, qui venait, en fait, de prendre sa retraite. Agés 68 ans, ce père de deux enfants, mariés et deux fois grands père avait le profil idéal, garant d'une moralité retrouvée. Badaboum. Voilà qu'on découvre, qu'à 68 ans, l'homme fricottait en douce! Histoire savoureuse, dont les Américains ont le secret. Sauf qu'aux Etats- Unis, on le voit, ça ne fait pas rire. Hier l'action Boeing était en baisse à Wall Street. Car si on se résume (et en forçant un peu le trait). Après avoir été accusé, d'espionnage et de corruption, voila maintenant que Boeing trempe dans un scandale Sexuel. En tous les cas, tout cela fait les affaires d'Airbus qui va peut-être finir par le décrocher ce fameux contrat des avions ravitailleurs avec l'armée américaine. Car c'est bien connu, chez nous, en Europe, nous sommes irréprochable sur le plan de la moral. Jamais d'histoire d'argent, ni d'histoire de sexe...

Mais il peut aussi y avoir des risques pour les auteurs de ces codes, comme la mésaventures qui est arrivée à M. Harry Stonecipher… Un peu par sa faute quand même ! (voir l’encadré)

Pour conclure, nous dirons que bien sûr que non, l’éthique dans les affaires n’est pas qu’une question de codes, il faut qu’il y ait adhésion réelle des collaborateurs, cohérence avec la réalité des pratiques, et appui total de la hiérarchie à tous ses échelons.

Mais ceci est une autre histoire, et nous aborderons un jour le sujet…

 

Emilio Cominotti - 2006

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