Guerre économique, mythe ou réalité ?
 

La notion de « guerre économique » peut sembler à certains un tant soit peu exagérée, digne d’un roman d’espionnage des années 70, ou de la paranoïa chronique qu’il faudrait soigner d’urgence. Pourtant, les chroniques récentes de l’actualité économique mondiale, et plus particulièrement française, nous démontrent qu’il s’agit bien de la réalité.

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La terminologie n’est pas nouvelle. Déjà entre les deux guerre mondiales (14-18 et 39-45), un certain Monsieur Guichard employait ce terme dans ses argumentaires de vente…  Sun Tzu (6e siècle av. JC) fut un général chinois qui fut à l'origine du célèbre ouvrage l'art de la guerre. Bien que vieux de plus de 2500 ans, ce livre reste encore très étudié, par exemple pour des stratégies marketing modernes, et il est probablement le plus ancien écrit sur le management de l’information comme arme dans la guerre, qui même si elle n’est qu’économique, fait de nombreuses victimes (chômeurs, petits actionnaires, entreprises, nations…) . 

Ainsi l’information est elle aujourd’hui, à l’ère de la communication et d’internet, au cœur de l’action. La discipline a été baptisée « intelligence économique ». L’enjeu est l’information, le savoir et la connaissance afin de dominer un marché. La manipulation ou la simple utilisation à des fins malveillantes de l’information (vraie ou fausse) peut être dirigée contre des acteurs économiques (rappelez vous la polémique du saumon d’élevage européen), contre un Etat (pressions contre la France durant la guerre en Irak, par les USA) , des entreprises (certaines sources semblent indiquer une probabilité de tentative de sape contre Renault, dans les affaires des régulateurs de vitesse) ou un individu (pas de noms, mais certains vous viendront à l’esprit). 

Christian Harbulot, à travers ses nombreuses publications, nous indique que « l'intelligence économique est "l'ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement, de distribution et de protection de l'information utile aux acteurs économiques, obtenue légalement dans les meilleures conditions de qualité, de délais et de coût. Il s'agit donc d'un système d'information global et collectif devenu indispensable dans notre univers concurrentiel, et submergé d'informations. Il permet, à tous les niveaux, la bonne prise de décision, l'accompagnement des actions et, en tout temps, leur préparation par une politique d'influence. Ce concept, ainsi défini, est le fruit des travaux menés par un groupe de travail du Commissariat Général du Plan entre 1992 et 1994. Qu’apporte-t-il de plus aux entreprises qui, à l’époque, avaient déjà accès aux 2000 ouvrages nord-américains recensés sur le même thème ? Les précurseurs français du concept d’intelligence économique n’ont pas limité leur analyse du rôle de l’information à la compétition entre firmes, mais l’ont étendu à l’ensemble des acteurs économiques : blocs économiques du type ALENA ou Union Européenne, puissances industrielles, territoires, consommateurs, mouvements protestataires contre l’Organisation Mondiale du Commerce. Il s’agit donc d’une vision plus complète du jeu d’acteurs dans la compétition mondiale.

La problématique de l’intelligence économique ne se résume pas au partage de l’information dans le but d’innover ou de penser le développement avec plus de cohérence. En effet, le monde des entreprises n’échappe pas à la mutation des rapports de force de l’après-guerre froide. Il est confronté à une nouvelle grille de lecture des relations internationales. A la notion de partenaires/concurrents s’ajoute une autre notion, celle d’alliés/adversaires, qui interfère sur les affrontements concurrentiels dans les pays industrialisés comme dans les économies émergentes.

Cette nouvelle grille de lecture implique une vision tridimensionnelle des échiquiers issus de la mondialisation des échanges :

·         Echiquier géoéconomique (compétition entre blocs, divergences d’intérêts nationaux, montée en puissance de la rivalité des territoires, évaluation du parasitage des économies criminelles)

·         Echiquier concurrentiel (différenciation à établir entre les firmes prédatrices et les firmes non prédatrices, mesure des pratiques de concurrence déloyale, observation des opérations d’influence derrière des thèmes porteurs comme la moralisation des affaires ou la protection de l’environnement) ;

·         Echiquier issu de la société civile (émergence des mouvements protestataires contre l’Accord Multilatéral contre l’Investissement, contre l’Organisation Mondiale du Commerce, contre les Organismes Génétiquement Modifiés, contre la pollution portant atteinte à la couche d’ozone) qui interfère avec la politique des Etats, et la stratégie de certaines entreprises.

La combinaison de ces trois échiquiers révèle peu à peu de nouveaux pré carrés stratégiques. Pour mémoire, le pré carré stratégique, tel qu’il était perçu en France sous la Vème République, recouvrait des secteurs d’activité comme les industries de défense, l’énergie, les transports, les télécommunications et le spatial. Aujourd’hui l’industrie de la santé, l’industrie agroalimentaire, la grande distribution, les nouvelles technologies de l’information sont des domaines dans lesquels s’exerce une nouvelle forme d’intérêts de puissance. »

Par ailleurs, les attaques peuvent prendre majoritairement 3 formes :

-          la tromperie (désinformation, manipulation, décrédibilisation, discrédit)

-          contre-information (identification des points faibles de la cible exploitation de la cible, frappes au talon d’achile, utilisation de l’information vérifiable)

-          la résonance (faire de l’agitation et de la propagande, optimiser les caisses de résonance, création de réseaux d’influences, animation de forums de discussions)

 

 

Comme le montre le graphique ci-dessus, extrait d'une présentation de M. Longeon du CNRS, les sinistres imputables à cette guerre économique, s’ils sont limités, n’en représentent pas moins de plusieurs milliards d’euros par ans à la seule France. A la question – s’agit-il d’un mythe ou de la réalité, il faut prendre conscience du fait que la guerre économique existe bel et bien. Comme toute guerre elle fait ses victimes. Ce n’est pas en se renfermant sur soi et en se voilant les yeux que l’on pourra y faire face.

trois-singes

 

ec 2005

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