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Ainsi
l’information est elle aujourd’hui, à l’ère de la communication et
d’internet, au cœur de l’action. La discipline a été baptisée
« intelligence économique ». L’enjeu est l’information,
le savoir et la connaissance afin de dominer un marché. La manipulation
ou la simple utilisation à des fins malveillantes de l’information
(vraie ou fausse) peut être dirigée contre des acteurs économiques
(rappelez vous la polémique du saumon d’élevage européen), contre un
Etat (pressions contre la France durant la guerre en Irak, par les USA) ,
des entreprises (certaines sources semblent indiquer une probabilité de
tentative de sape contre Renault, dans les affaires des régulateurs de
vitesse) ou un individu (pas de noms, mais certains vous viendront à
l’esprit).
Christian
Harbulot, à travers ses nombreuses publications, nous indique que
« l'intelligence économique est "l'ensemble des actions
coordonnées de recherche, de traitement, de distribution et de protection
de l'information utile aux acteurs économiques, obtenue légalement dans
les meilleures conditions de qualité, de délais et de coût. Il s'agit
donc d'un système d'information global et collectif devenu indispensable
dans notre univers concurrentiel, et submergé d'informations. Il permet,
à tous les niveaux,
la bonne prise de décision, l'accompagnement des actions et, en tout
temps, leur préparation par une politique d'influence. Ce concept, ainsi
défini, est le fruit des travaux menés par un groupe de travail du
Commissariat Général du Plan entre 1992 et 1994. Qu’apporte-t-il de
plus aux entreprises qui, à l’époque, avaient déjà accès aux 2000
ouvrages nord-américains recensés sur le même thème ? Les précurseurs
français du concept d’intelligence économique n’ont pas limité leur
analyse du rôle de l’information à la compétition entre firmes, mais
l’ont étendu à l’ensemble des acteurs économiques : blocs économiques
du type ALENA ou Union Européenne, puissances industrielles, territoires,
consommateurs, mouvements protestataires contre l’Organisation Mondiale
du Commerce. Il s’agit donc d’une vision plus complète du jeu
d’acteurs dans la compétition mondiale.
La
problématique de l’intelligence économique ne se résume pas au
partage de l’information dans le but d’innover ou de penser le développement
avec plus de cohérence. En effet, le monde des entreprises n’échappe
pas à la mutation des rapports de force de l’après-guerre froide. Il
est confronté à une nouvelle grille de lecture des relations
internationales. A la notion de partenaires/concurrents s’ajoute une
autre notion, celle d’alliés/adversaires, qui interfère sur les
affrontements concurrentiels dans les pays industrialisés comme dans les
économies émergentes.
Cette
nouvelle grille de lecture implique une vision tridimensionnelle des échiquiers
issus de la mondialisation des échanges :
·
Echiquier géoéconomique
(compétition entre blocs, divergences d’intérêts nationaux, montée
en puissance de la rivalité des territoires, évaluation du parasitage
des économies criminelles)
·
Echiquier
concurrentiel (différenciation à établir entre les firmes prédatrices
et les firmes non prédatrices, mesure des pratiques de concurrence déloyale,
observation des opérations d’influence derrière des thèmes porteurs
comme la moralisation des affaires ou la protection de l’environnement)
;
·
Echiquier issu
de la société civile (émergence des mouvements protestataires contre
l’Accord Multilatéral contre l’Investissement, contre l’Organisation
Mondiale du Commerce, contre les Organismes Génétiquement Modifiés,
contre la pollution portant atteinte à la couche d’ozone) qui interfère
avec la politique des Etats, et la stratégie de certaines entreprises.
La
combinaison de ces trois échiquiers révèle peu à peu de nouveaux pré
carrés stratégiques. Pour mémoire, le pré carré stratégique, tel
qu’il était perçu en France sous la Vème
République, recouvrait des secteurs d’activité comme les industries de
défense, l’énergie, les transports, les télécommunications et le
spatial. Aujourd’hui l’industrie de la santé, l’industrie
agroalimentaire, la grande distribution, les nouvelles technologies de
l’information sont des domaines dans lesquels s’exerce une nouvelle
forme d’intérêts de puissance. »
Par
ailleurs, les attaques peuvent prendre majoritairement 3 formes :
-
la tromperie (désinformation,
manipulation, décrédibilisation, discrédit)
-
contre-information (identification
des points faibles de la cible exploitation de la cible, frappes au talon
d’achile, utilisation de l’information vérifiable)
-
la résonance
(faire de l’agitation et de la propagande, optimiser les caisses de résonance,
création de réseaux d’influences, animation de forums de discussions)
Comme
le montre le graphique ci-dessus, extrait d'une présentation de M.
Longeon du CNRS, les sinistres imputables à cette guerre économique,
s’ils sont limités, n’en représentent pas moins de plusieurs
milliards d’euros par ans à la seule France. A la question –
s’agit-il d’un mythe ou de la réalité, il faut prendre conscience du
fait que la guerre économique existe bel et bien. Comme toute guerre elle
fait ses victimes. Ce n’est pas en se renfermant sur soi et en se
voilant les yeux que l’on pourra y faire face.
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