Evaluer ses fournisseurs

Pour quoi faire ?

Qui évalue qui, et comment ?

7 indicateurs incontournables

 

 

 

L’évaluation des fournisseurs dont nos allons parler est celle que l’on pourrait qualifier de « à posteriori », parce quelle intervient après le référencement du fournisseur et que l’on va apprécier le niveau de la prestation effectuée, en opposition à celle « à priori » qui intervient lors de la sélection des sources.

L’évaluation des fournisseurs n’est pas l’apanage des grandes entreprises, un zeste de structuration et quelques outils la rendent accessible à toute PMI ou PME à partir du moment où elle est équipée du minimum d’informatique.

L’évaluation des fournisseurs ne doit pas être vue comme une contrainte, rendue obligatoire par les normes de la qualité (ISO, AQF etc.), mais comme un réel instrument de pilotage et d’amélioration des achats. Parfaitement intégré dans les tableaux de bord de l’entreprise, il contribue à mesurer la performance du service et des ses « clients » les fournisseurs.

 

Parfois mal préparée, elle devient mal vécue par les services collecteurs de mesures. En effet, parce qu’elle n’est pas suffisamment automatisée ou intégrée, elle constitue une activité chronophage des plus néfastes. Parfois aussi, source de litiges et d’interprétation, elle se soumet aux ajustements et correction « manuelles » ouvrant toute grande la boîte de Pandore des « petits arrangements entre amis »…

 

Pourtant, c’est un formidable outil de progrès, qui pourrait donner prétexte aux achats de communiquer de manière pro-active et, à plus de 80%, de manière positive !

Nous allons tenter très brièvement, de développer sur le sujet, tout en restant concrets et pragmatiques. Nous nous poserons comme première question, « évaluer, pour quoi faire ? » puis voir « qui évalue qui, et comment » pour terminer avec une série d’indicateurs incontournables de l’évaluation.

 

Evaluer, pour quoi faire ?

 

La plupart des entreprises mettent en place une évaluation des fournisseurs parce que c’est un chapitre de la norme ISO. Si l’on devait s’arrêter là, ce serait bien sûr assez peu valorisant, voire même des plus contraignant.

Evaluer nos fournisseurs doit permettre non seulement de connaître la performance de ces derniers, selon nos critères d’appréciation, mais également nous fournir les éléments décisionnels dans la mise en œuvre des politiques et stratégies d’achat.

 Notre tendance naturelle de « Client  roi » nous pousse à n’utiliser que le côté négatif de l’instrument : sanctionner les fournisseurs déficients, leviers de négociation dans les discussions tarifaires… Rarement nous félicitons, et pourtant, cela serait si bénéfique. C’est amusant de voir, lors de nos visites,  comment nos fournisseurs exposent les « certificats de bon fournisseur » dans leur halls de réception (attention toutefois à certains aspects de confidentialité. Si vous ne souhaitez pas que l’on sache que vous êtes client, il est indispensable de le signifier clairement). Même les plus insignifiants . Cela contribue à rendre votre société intéressante et remarquable (surtout si l’on ne pèse pas beaucoup dans le c.a. du fournisseur).

 L’évaluation continue, lorsque ses mesures son correctement exploitées, est un formidable outil de progrès. Progrès de la qualité de service, de la qualité tout court, le réduction des temps de cycles logistiques… A condition de les exploiter et de communiquer !

 

 

  Qui évalue qui, et comment ?

 

Qui évalue ? Question anodine ? Pas tant que ça. Nous avons pu observer que, dans certaines sociétés, on se renvoyait le « bébé » de la collecte des mesures entre les services achat, appro, qualité ou magasin… Tout ça parce que cette mission est considérée comme une charge, et qu’elle prend du temps à ceux qui n’en ont déjà pas assez, alors qu’elle devrait être automatisée au maximum et être source de gains pour l’entreprise.

Alors, qui évalue ? Dans 65% des cas, c’est du ressort de la qualité, dans 25% des cas ce sont les appros, dans le reste des cas, se sont tantôt les achats ou les gestionnaires de magasin. Parfois même les commerciaux ! Une corrélation est toutefois à noter entre rattachement hiérarchique du personnel du contrôle réception et mission de relevé des mesures de l’évaluation. Probablement parce que l’entreprise se borne souvent à mesurer les non conformités à la réception.  Nous ne pouvons toutefois pas garantir que cette corrélation soit pertinente. 

On évalue qui ? Les fournisseurs bien sûr ! Oui mais… tous les fournisseurs ? La bonne pratique voudrait que l’on évalue tous les fournisseurs de l’entreprise. Dans les faits, on se limite souvent aux fournisseurs de production (mesure-t-on la Poste ou le fournisseur de ramettes de papier ?) et là encore, on se limite souvent aux fameux fournisseurs de classe « A ». Les causes sont encore une fois les mêmes. Perte de temps et vision étriquée de l’outil. 

Comment évaluer alors ? Les principaux freins à une bonne évaluation, on l’a constaté, sont le temps nécessaire à la saisie des données. L’un des principes fondamentaux dans la bonne pratique de l’évaluation continue des fournisseurs c’est l’automatisation des tâches de saisie qui ne doivent pas faire perdre de temps aux différents acteurs. Dans les faits, idéalement, les données de l’évaluation devraient faire partie des données saisies dans le système d’information de l’entreprise, dans le flux normal de son alimentation. Puis extraites par requête de ce même système d’information pour alimenter une base de données, pour être traitées, le cas échéant, selon une procédure modélisée. L’autre principe fondamental c’est la fiabilité de la mesure. Cette dernière ne doit souffrir d’aucun vice de forme et être indiscutable. Pour cela, il va falloir être vigilant dans l’application des processus de l’entreprise, et vérifier s’il y a un delta entre « ce qui est écrit » et « ce qui se pratique ». L’exemple le plus courant étant la mesure du « retard fournisseur ». Ce dernier étant mesuré à partir de la date attendue. Or la date attendue devrait être celle confirmée par le fournisseur dans son A.R.. Ce qui n’est pas le cas dans près de deux cas sur trois, où la date confirmée n’est pas saisie dans le système d’information, qui prend en référence la date demandée…

L'évaluation continue n'a de sens que si elle sert, et elle est un formidable pretexte à communiquer, aussi bien en interne qu'en externe.

Exemple de tableau d'affichage interne :

 

7 indicateurs incontournables

 

Ainsi vau-t-il mieux avoir peu d’indicateurs de mesure de la performance fournisseur, pourvu qu’ils soient fiables. Néanmoins, nous pouvons en citer 7 qui nous semblent incontournables et faciles à mettre en place :

  1. fiabilité des délais

l’indicateur principal est obtenu en faisant la différence entre la date de réception attendue et la date de réception effective.

  1. fiabilité des quantités

l’indicateur principal est obtenu en relevant le nombre de lots réceptionnés d’une part, et ceux ayant occasionné un écart de quantité entre le commandé et le livré.

  1. fiabilité de la qualité

l’indicateur principal est obtenu en relevant le nombre de lots réceptionnés d’une part, et ceux ayant occasionné un écart de qualité entre l’attendu et le constaté.

  1. fiabilité des prix

l’indicateur principal est obtenu en relevant le nombre de lots facturés et le nombre d’écarts sur facture imputables au fournisseur.

 

  1. flexibilité de production

l’indicateur principal est obtenu en relevant le nombre de lignes de commande d’une part, et celles dont la date confirmée est postérieure à celle demandée, avec un écart supérieur à une tolérance pré-définie (tenant compte du délai standard de production).

  1. envoi de l’AR

 l’indicateur principal est obtenu en relevant le nombre de jours (ou d’heures selon l’échelle temps) écoulés entre la commande et son accusé de réception

  1. réactivité commerciale

 l’indicateur principal est obtenu en relevant le nombre de jours écoulés entre une demande commerciale ou technique et sa satisfaction.

 Chacun de ces indicateurs doit être issu des données intrinsèques du système d’information préexistant. Le niveau de pertinence et la finesse d’interprétation des mesures va varier en fonction des traitements qui seront faits à partir des mesures initiales. C’est pourquoi, chaque entreprise va devoir développer sa méthode et ses formules.

 

Mais si les spécificités sont grandes, la méthodologie reste fort heureusement comparable et exportable. Des formations pertinentes existent sur le marché. Inotti.com en propose d’ailleurs une en ce moment. Il convient en tout cas, de passer d’une évaluation passive et imposée, à une évaluation dynamique et communicante, avec des passerelles vers les missions transversales des achats, telles que le sourcing ou le marketing achat.

Ec 2004

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