Systèmes d’information Achats : 

Quelle classification retenir ?

par 

Pierre LATOUR
Responsable Intranet Achats

 

I. Pourquoi mettre en place une classification Achats dans l’entreprise ?

 

Avec le développement ces dernières années de nombreux projets de systèmes d’information, et malgré le taux élevé de disparitions de start-ups ayant suivi l’éclatement de la bulle internet, les vendeurs de solutions informatiques atteignent un niveau de maturité et de contrôle de leurs coûts devenu attractif. Par ailleurs la situation économique des entreprises françaises les pousse à s’intéresser aux Projets Achats, puisque la réduction des coûts est étroitement liée à la survie de nombre d’entre elles.
Or pour mettre en place des stratégies Achats, il est nécessaire d’avoir une vision relativement précise de la répartition des dépenses par catégories de produits et services. Cette liste des produits et services qui est une classification pourra également être utilisée pour identifier et trier les fiches acheteurs, fournisseurs, contrats, commandes, livraisons, factures, etc… informations contenues dans des bases de données Achats exploitées bien souvent au travers d’un intranet Achats.
La mise en place d’une classification Achats est donc un moyen d’exploiter des données Achats structurées ou que l’on veut structurer.
II. Quelles sont les classifications existantes ?
Il existe sur le marché des classifications dites propriétaires, qui sont propres à chaque entreprise, ou bien universelles, destinées à être exploitées par le plus grand nombre, parmi lesquelles
·       L’UNSPSC ®
·         E-class
·         La nomenclature des Douanes
·         KOMPASS
·         SIC
Le tableau comparatif ci-dessous présente les avantages et inconvénients de chacune de ces classifications.

Nom du Système

Exemple de code

caractéristiques principales

     
SIC/NAICS 3-35-9-11 Identifie de manière globale l'industrie, le produit et les catégories de service
  (Manufacturing Niveau trop élevé pour permettre une analyse pertinente des dépenses.
                 Elect. Equip Incompatible avec une arborescence
                                Other  
                                        Battery)  
     
UCC/EAN 0-39800-08252-7 Code d'identification produit, pas de classification
    Identifie les produits "marqués" par fabriquants
  Type N'indique aucune arborescence, uniquement utilisé pour l'identification
              Manufacturer  
                                    Item  
                                                Check  
     
NIGP 11223344556 Utilisé par certaines centrales d'achat gouvernementales
    Maintient l'arborescence
    Code privé dont l'usage impose le règlement de droits
     
     
Internal/Proprietary 112-003-121 Code privé exclusivement. Son emploi par les partenaires commerciaux est coûteux et difficilement imposable.
    Pas de mises à jour.
       Division Arborescence inexistante ou limitée
                   Department  
                                     Expense Item  
  26-11-17-09  
UNSPSC Segment Identifie produits et services par catégories
             Family Grande adéquation
                        Class Arborescences multiples permettant consolidations et distributions à tous niveaux d'analyses
                                 Commodity  
 
La classification dominante, rencontrant un succès croissant auprès des Acheteurs français, étant l’UNSPSC ®, nous consacrons ci-dessous un développement sur cette classification.
III. Présentation de l’UNSPSC ®
A l’initiative des Nations-Unies (UNDP), cette classification universelle de produits et services a été créée en 1999, et continue d’être développée par l’UCC (www.ucc.org), entreprise de normalisation, et par ses membres (essentiellement des entreprises, des administrations et des associations professionnelles). L'objectif des Nations Unies est de faciliter les échanges internationaux grâce à la standardisation des désignations. « L’UNSPSC ® sert aussi bien à l’analyse des dépenses qu’au référencement de fournisseurs ou à l’identification de produits pour la mise en place d’une chaîne logistique » déclare John Mc Inerney, Directeur Technique de l’UCC. La totalité des produits et services achetables sur notre planète, sont progressivement recensés, et enregistrés dans cette arborescence de Segments \ Familles \ Classes \ Catégories d'articles (plus de 20 000 lignes disponibles à ce jour). L’UNSPSC ® (United Nations Standard Product & Services Code) doit permettre aux utilisateurs de trouver des catégories de produits et services aussi bien de façon logique que par leurs désignations.
Traduite de l’anglais en différentes langues, sa traduction en français par GENCOD EAN FRANCE à PARIS « sera disponible courant juin 2004 sur le site web de l’UNSPSC ® » déclarait Jean-Christophe GILBERT, Chef de Projet chez GENCOD EAN FRANCE. Son téléchargement et son utilisation sont gratuits. Seuls les membres désirant voter – en ligne - lors de modifications (essentiellement des ajouts) doivent s’enregistrer et s’acquitter d’une cotisation annuelle (plus de 1 300 membres inscrits à ce jour). Compte tenu du choix offert, du niveau de précision, des traductions et de la dynamique de construction de cette classification, la grande majorité des places de marché (ou « plate-formes de transactions électroniques ») l’ont adoptée, ainsi que les fournisseurs et distributeurs ayant besoin de normaliser des catégories afin qu’elles soient utilisables sur ces places de marché. Puis les Acheteurs voulant établir des échanges de données informatiques avec ces places de marché.
IV. Distinction entre catégorie d’articles et désignation d’article
Attention, une catégorie UNSPSC ® ne suffit pas à décrire un article, car son niveau maximum de précision ("Commodity", que nous pouvons traduire par "catégorie d'articles") ne donne pas de couleur, ni de dimensions, qui sont des attributs propres à chaque article. A cette catégorie UNSPSC ®, il faut donc ajouter un (à plusieurs) niveaux inférieur(s) dans la hiérarchie :
-          éventuellement un niveau « objet » qui sert d’interface avec les tables articles des ERPs, et
-          des attributs qui caractérisent un article ; NB : des projets de normalisation ont été lancés et des standards existent pour construire ces désignations d’articles, notamment chez GENCOD EAN FRANCE.
Ces niveaux additionnels sont souvent gérés individuellement par chaque entreprise ou de façon commune par certaines places de marché. En additionnant la structure UNSPSC ® + les niveaux mentionnés ci-dessus, il est possible de construire des tables d’articles utilisables entre entreprises et à l’international, regroupées sous les mêmes numéros de catégories chez les fournisseurs d’une part, et chez les clients d’autre part.
 
V. Exemples d’utilisation de l’UNSPSC ® en entreprise : les cas ERAMET et QUADREM
Chez ERAMET, groupe minier et métallurgique de 11 000 personnes réparties sur les 5 continents dont le siège est basé à PARIS, la décision de retenir l’UNSPSC ® a été prise en 2002. Le Groupe était composé de plus de 20 filiales, peu d’entre elles utilisant la même classification. Chacune des classifications existantes était incomplète pour couvrir l’ensemble des activités Achats du Groupe (car chaque classification correspondant à une filiale, ne représentait que les produits et services propres à l’activité de la filiale). De plus, le Groupe ERAMET prévoit à terme de mettre en place un extranet pour échanger des données avec certains fournisseurs, devant donc faire face aux problèmes de traitements de masses, sans demander à ces fournisseurs d’adapter leur gestion de données aux exigences particulières d’un client. « Plus les coûts des fournisseurs sont bas et plus ils pourront investir dans la qualité de ces échanges » déclarait Patrick LECLERCQ, Responsable Intranet Achats Groupe chez ERAMET.
Dans le même secteur d’activités, une vingtaine d’opérateurs miniers et métallurgiques se sont regroupés pour créer une place de marché baptisée QUADREM, qui a depuis élargi son activité par son offre mondiale. Située pour la France à NEUILLY-SUR-SEINE, QUADREM développe entre autres services des catalogues électroniques pour ses différents clients : « Hormis le N°UNSPSC ®, les champs descriptifs de l’article, et les prix qui sont propres à chaque client, ces catalogues peuvent inclure des attributs spécifiques, une photo de l’article, une fiche technique, et/ou des plans… » déclarait Elaine ROTHMAN, Vice-Présidente Régionale de QUADREM EUROPE.
VI. Conclusion
L’UNSPSC ® devrait pouvoir, au rythme de son expansion, couvrir les lignes contenues dans les autres classifications utilisées, et satisfaire le plus grand nombre d’utilisateurs. Le retard bientôt rattrapé dans la traduction en différentes langues devrait rétablir l’équilibre entre les zones géographiques utilisatrices (70% des membres actuels sont basés aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Australie, et en Nouvelle-Zélande). Les limites de cette classification résident dans son caractère évolutif (les utilisateurs doivent avoir téléchargé la même version) et dans la capacité d’exploitation des entreprises.

 

Pierre LATOUR
Responsable Intranet Achats 

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