L' ART DE LA GUERRE

aux achats

 

L'Art de la Guerre fut écrit par Sun Tzu à une période inconnue, peut-être pendant la période des Royaumes Combattants (entre 443 et 221 avant Jésus-Christ), le texte comporte en effet quelques références à ces Royaumes Combattants. On ignore de même qui fut Sun Tzu: s'agit-il d'un seul auteur ou de plusieurs? (On remarque en effet que le texte comporte parfois des: "Sun Tzu dit", et parfois des: "je dis"). Quoiqu'il en soit, on sent à la lecture de l'Art de la Guerre qu'il y a derrière cet ouvrage une grande expérience et une solide connaissance dans le domaine militaire.

Il ne s'agit pas simplement d'une série d'astuces, mais bien plutôt d'une philosophie, on parlerais aujourd’hui d’éthique,  basée sur l’approche méthodique de la confrontation et la gestion de l’information. L'Art de la Guerre est considéré comme l'un des meilleurs livres de stratégie militaire, bien qu'il date d'une période très éloignée. La traduction sur laquelle nous avons travaillé est celle du père Amiot, un jésuite qui vécut en Chine au 18e siècle et fut un haut fonctionnaire de l'État chinois; elle date de 1772.

Les 3 chapitres dont sont extraits les commentaires en italique ci-dessous, seront proposés dans leur intégralité dans un ouvrage bientôt disponible dans la boutique d’inotti.com. L’ouvrage en comprend 13. Cela constitue à ma connaissance une première mondiale, dans leur version « commentaires achats »!

 

 

CHAPITRE I

 

DE L'ÉVALUATION

 

Sun Tzu dit: La guerre est d'une importance vitale pour l'État. C'est le domaine de la vie et de la mort : la conservation ou la perte de l'empire en dépendent; il est impérieux de bien le régler. Ne pas faire de sérieuses réflexions sur ce qui le concerne, c'est faire preuve d'une coupable indifférence pour la conservation ou pour la perte de ce qu'on a de plus cher, et c'est ce qu'on ne doit pas trouver parmi nous. Sun Tzu campe ici le décor et l’environnement de son traité. Dans notre cas nous devons bien entendu traduire « conservation ou perte de l’empire » par « pérennité de l’entreprise ».

(…) Si nous voulons que la gloire et les succès accompagnent nos armes, nous ne devons jamais perdre de vue: la doctrine, le temps, l'espace, le commandement, la discipline.

La doctrine fait naître l'unité de penser; elle nous inspire une même manière de vivre et de mourir, et nous rend intrépides et inébranlables dans les malheurs et dans la mort. Dans cette notion nous trouverons tout ce qui est relatif à la politique achats, politique d’entreprise, éthique professionnelle…

(…) J'entends par commandement, l'équité, l'amour pour ceux en particulier qui nous sont soumis et pour tous les hommes en général; la science des ressources, le courage et la valeur, la rigueur, telles sont les qualités qui doivent caractériser celui qui est revêtu de la dignité de général; vertus nécessaires pour l'acquisition desquelles nous ne devons rien négliger : seules elles peuvent nous mettre en état de marcher dignement à la tête des autres. Nous retrouverons ici des valeurs universelles de management des Hommes. Nous aimerions tous avoir un chef comme décrit par Sun Tzu.

Aux connaissances dont je viens de parler, il faut ajouter celle de la discipline. Posséder l'art de ranger les troupes; n'ignorer aucune des lois de la subordination et les faire observer à la rigueur; être instruit des devoirs particuliers de chacun de nos subalternes; savoir connaître les différents chemins par où on peut arriver à un même terme; ne pas dédaigner d'entrer dans un détail exact de toutes les choses qui peuvent servir, et se mettre au fait de chacune d'elles en particulier.  Dans ces conseils, on pourra retrouver nos pratiques au niveau du marketing achats, notamment dans l’ordonnancement de notre porte-feuille achats et dans la veille et le sourcing. Mais on pourra y voir également des références à l’organisation de notre service, avec la notion de fiches métiers…

(…) Également instruit de ce que vous pourrez et de ce que vous ne pourrez pas, vous ne formerez aucune entreprise qui ne puisse être menée à bonne fin. Vous verrez, avec la même pénétration, ce qui sera loin de vous comme ce qui se passera sous vos yeux, et ce qui se passera sous vos yeux comme ce qui en est le plus éloigné. La connaissance du besoin et de son entreprise vous permet de savoir très précisément jusqu’où vous pouvez aller dans une négociation. Il faut avoir une approche sur le court terme comme sur le moyen et long terme. Notre champ d’action n’est plus limité à la proche banlieue de l’entreprise, mais couvre la Terre entière.

 

CHAPITRE  II

DE L'ENGAGEMENT

 

(…) C'est pour prévenir tous ces désastres qu'un habile général n'oublie rien pour abréger les campagnes, et pour pouvoir vivre aux dépens de l'ennemi, ou tout au moins pour consommer les denrées étrangères, à prix d'argent, s'il le faut. Dans les achats, on trouvera les principes du transfert des charges vers le fournisseur, en déplaçant les stocks, en lui faisant développer les outils, en mettant en place des politiques de globalisation… En se faisant offrir le repas ou en lui faisant supporter le coût du déplacement.

 

 

CHAPITRE  III

 

DES PROPOSITIONS DE LA VICTOIRE ET DE LA DÉFAITE

 

Sun Tzu dit: Voici quelques maximes dont vous devez être pénétré avant que de vouloir forcer des villes ou gagner des batailles.

Conserver les possessions et tous les droits du prince que vous servez, voilà quel doit être le premier de vos soins; les agrandir en empiétant sur les ennemis, c'est ce que vous ne devez faire que lorsque vous y serez forcé. Notre rôle aux achats est de garantir à votre entreprise les coûts d’achat le plus longtemps possible, et bien entendu de les améliorer, en achetant mieux que la concurrence, à chaque fois que le marché nous y conduit. Notamment lorsque le marché aval subit de fortes pressions sur les prix à la baisse, ou le marché amont à la hausse.

Veiller au repos des villes de votre propre pays, voilà ce qui doit principalement vous occuper; troubler celui des villes ennemies, ce ne doit être que votre pis-aller. Sécuriser vos approvisionnements et favoriser une production sereine est primordial, si cela doit se faire en perturbant celle de votre fournisseur, cela ne doit être qu’en dernier ressort.

(…) Celui qui excelle à résoudre les difficultés le fait avant qu'elles ne surviennent. Ne dit-on pas que les bons acheteurs doivent anticiper ?

Il y a une infinité de situations différentes dans lesquelles vous pouvez vous trouver par rapport à l'ennemi. On ne saurait les prévoir toutes; c'est pourquoi je n'entre pas dans un plus grand détail. Vos lumières et votre expérience vous suggéreront ce que vous aurez à faire, à mesure que les circonstances se présenteront. Néanmoins, je vais vous donner quelques conseils généraux dont vous pourrez faire usage à l'occasion. Mettez vous ici dans la situation d’une négociation à préparer.

Si vous êtes dix fois plus fort en nombre que ne l'est l'ennemi, environnez-le de toutes parts; ne lui laissez aucun passage libre; faites en sorte qu'il ne puisse ni s'évader pour aller camper ailleurs, ni recevoir le moindre secours.

Si vous avez cinq fois plus de monde que lui, disposez tellement votre armée qu'elle puisse l'attaquer par quatre côtés à la fois, lorsqu'il en sera temps.

Si l'ennemi est une fois moins fort que vous, contentez-vous de partager votre armée en deux.

Mais si de part et d'autre il y a une même quantité de monde, tout ce que vous pouvez faire c'est de hasarder le combat.

Si, au contraire, vous êtes moins fort que lui, soyez continuellement sur vos gardes, la plus petite faute serait de la dernière conséquence pour vous. Tâchez de vous mettre à l'abri, et évitez autant que vous le pourrez d'en venir aux mains avec lui; la prudence et la fermeté d'un petit nombre de gens peuvent venir à bout de lasser et de dompter même une nombreuse armée. Ainsi vous êtes à la fois capable de vous protéger et de remporter une victoire complète.

Cette description rappelle une matrice, celle du positionnement stratégique de l’acheteur face au fournisseur :

 

Sun Tzu dit: Dans le gouvernement des armées il y a sept maux:

I. Imposer des ordres pris en Cour selon le bon plaisir du prince.

II. Rendre les officiers perplexes en dépêchant des émissaires ignorant les affaires militaires.

III. Mêler les règlements propres à l'ordre civil et à l'ordre militaire.

IV. Confondre la rigueur nécessaire au gouvernement de l'État, et la flexibilité que requiert le commandement des troupes.

V. Partager la responsabilité aux armées.

VI. Faire naître la suspicion, qui engendre le trouble: une armée confuse conduit à la victoire de l'autre.

VII. Attendre les ordres en toute circonstance, c'est comme informer un supérieur que vous voulez éteindre le feu: avant que l'ordre ne vous parvienne, les cendres sont déjà froides; pourtant il est dit dans le code que l'on doit en référer à l'inspecteur en ces matières! Comme si, en bâtissant une maison sur le bord de la route, on prenait conseil de ceux qui passent; le travail ne serait pas encore achevé!

 

(…)Tel est mon enseignement:

Nommer appartient au domaine réservé au souverain, décider de la bataille à celui du général.

Un prince de caractère doit choisir l'homme qui convient, le revêtir de responsabilités et attendre les résultats.

Quel précieuse éloge de la délégation de pouvoir ! Je pense que les exemples illustrant ce qu’il ne faut pas faire sont nombreux dans vos esprits.

Connais ton ennemi et connais-toi toi-même; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. Cela vaut pour soi même et la personne qui se trouve en face de soi (chef d’entreprise ou commercial), mais aussi pour son entreprise et le fournisseur. On assurera plus de résultats « gagnant gagnant » par ce biais.

Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales. Bien se connaître, mais méconnaître ses fournisseurs ou les marchés amont, laisse trop d’incertitudes dans l’issue des négociations.

Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. En improvisant une négociation, la seule certitude que l’on a est de ne pas en avoir, et de perdre à quasiment à tous coups.

 

 

 

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