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Une cokerie allemande un peu vite expédiée en Chine
Par Odile BENYAHIA-KOUIDER En petits morceaux. On pensait l'histoire terminée. Mais,
mondialisation oblige, elle va connaître un double rebondissement. Deux après
la fermeture de la cokerie, les Chinois décident, d'abord, de racheter l'usine.
Il y a dix-huit mois, 250 ouvriers chinois ont débarqué sur le site, dans la
banlieue de Dortmund, pour désosser intégralement la bête, et l'expédier en
petits morceaux en Chine. 38 000 tonnes de morceaux d'acier, portant 76 000 références
techniques en allemand et en chinois, sont déjà parties en Chine depuis
Rotterdam et Anvers. Il a fallu utiliser 100 700 conteneurs et 20 navires. Au
prix où sont payés les ouvriers chinois, 100 à 200 euros par mois, cela reste
visiblement encore rentable. Maintenant, ils ne sont plus qu'une cinquantaine à
s'affairer sur le site, histoire de ramasser les derniers boulons. A la fin de
l'année, ils auront terminé leur travail. «Quand ils étaient tous là, c'était très impressionnant»,
raconte Gerd Seibel. Ils avaient installé leur cantine et leur dortoir. Des
dizaines de matelas sont encore entreposés au rez-de-chaussée du bâtiment qui
servait d'administration à Kaiserstuhl. Même leur chef, Mo Lishi, dormait dans
son bureau. Un sacré choc de culture (2). «Quand j'arrivais tôt le matin,
je voyais le slip rouge de monsieur Mo pendre à la fenêtre», sourit Gerd,
qui a appris entre-temps que «le rouge est la couleur porte-bonheur des
Chinois, et le blanc la couleur de la mort». Resté jusqu'au bout, Gerd
Seibel avait pour mission de veiller à l'application du droit du travail sur le
site: «Si on les avait laissé faire. Ils auraient travaillé
non-stop, et n'auraient pas porté de casque. Or c'est interdit en Allemagne.» Flambée. Edifiante, l'histoire ne s'arrête pas là. Alors que
Kaiserstuhl a été découpée en mille morceaux, les aciéries allemandes se
sont aperçues qu'elles ont à nouveau besoin de coke allemand. Jusqu'alors le
gouvernement de Pékin avait accepté que la Chine exporte la moitié des 28
millions de tonnes de coke disponible. Mais cette année, pour ne pas freiner
une croissance économique chinoise gourmande en matière première, il a limité
la licence d'exportation à 8 millions de tonnes. Du coup, le marché allemand
s'est retrouvé à sec. En mai 2002, la tonne de coke coûtait 70 dollars. Deux
ans plus tard, le prix flambait à 500 dollars. A cause de cette inflation, les
voitures peuvent coûter jusqu'à 300 euros supplémentaires pièce. Ce qui ne
fait qu'aggraver la situation du marché automobile allemand. Sous la pression
des groupes d'aciéries, Deutsche Steinkohle AG réfléchit à la possibilité
d'agrandir sa cokerie Prosper, située à Bottrop... à moins d'une heure de
voiture de Kaiserstuhl. Prosper pourrait ainsi augmenter sa capacité de
production de 2 à 3,3 millions de tonnes. Mais cette fois Deutsche Steinkohle
AG a demandé aux aciéries de participer aux investissements. Elle a déjà
fait les frais de la mondialisation du marché de la coke. On ne l'attrapera pas
une seconde fois. (1) Pour obtenir du coke, il faut distiller de la houille dans d'énormes
fours. Ce combustible, un carbone presque pur capable de résister à l'écrasement,
est utilisé dans le processus de fabrication de l'acier. |
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