Arcelor est pénalisé par
le retournement du cycle de l'acier
Danièle Guinot
Arcelor a enregistré des résultats exceptionnels au premier trimestre avec
une marge opérationnelle de 17,1% et un bénéfice net multiplié pratiquement
par quatre. Mais le titre cède 7% depuis le début de l'année.
Depuis quelques semaines la donne a changé et les marchés jouent un
retournement du cycle de l'acier. «On a constaté en avril un retournement
des indicateurs macroéconomiques. Ces derniers indiquaient un ralentissement du
rythme de nouvelles commandes et des niveaux de stocks supérieurs à la normale»,
explique Sylvain Brunet, analyste chez Exane BNP Paribas. Explication :
anticipant une hausse des prix en avril, les clients finaux européens des sidérurgistes
(pour l'acier plat au carbonne) ont passé le plus fort de leurs commandes au
cours des derniers mois de 2004 et au tout début de cette année. Résultat,
les stocks représentent aujourd'hui 2,4 mois de consommation, contre 2 mois en
temps normal.
Mais pour certains observateurs, ce niveau de stock n'a rien d'alarmant. «Nous
nous attendons à ce que les réductions volontaires de production mises en
oeuvre en Europe et qui traduisent une discipline retrouvée dans le secteur,
permettent un déstockage accéléré arrivant à son terme cet été», précise
Sylvain Brunet. Du coup, pour ce dernier, après le minicycle de baisse actuel,
les prix pourraient repartir à la hausse en septembre. De même, les analystes
de Goldman Sachs considèrent aussi que la période de déstockage (tant aux
Etats-Unis qu'en Europe) devrait être passagère. Ils tablent sur une hausse de
8% en moyenne des prix de l'acier en 2005. Une tendance haussière, qui devrait
selon eux se poursuivre jusqu'en 2008.
Autre sujet d'inquiétude, la Chine. Elle continue d'augmenter sa production, ce
qui limite ses besoins en importation d'acier. Conséquence, les quantités
d'acier qui partaient vers la Chine sont en partie à nouveau disponibles pour
le marché européen. Mais les perspectives d'évolution du marché chinois font
débat. «La Chine ne dispose des avantages compétitifs nécessaires pour
exporter durablement de l'acier et l'industrie sidérurgiste chinoise reste très
fragmentée», estime l'analyste de BNP Paribas. Pour Benjamin Fabahi,
analyste crédit chez Fortis Bank, les marchés obligataires ont surréagi au
ralentissement de la demande chinoise.
Pour faire face à ces problèmes, Arcelor, numéro deux mondial du secteur, a
pris les devants et décidé de ralentir sa production. En février, le groupe a
ainsi mis à l'arrêt ou ralenti des usines européennes, ce qui s'est traduit
par une baisse de la production d'environ un million de tonnes pour les aciers
plats au carbone et de 500 000 tonnes pour les produits longs.
Malgré la baisse des livraisons et le renchérissement des coûts (fret et matières
premières), le groupe devrait enregistrer de très bons résultats cette année
encore. «Grâce notamment à la part importante des ventes sous contrat
effectuées par le secteur aciers plats au carbone négociés à la fin 2004
ainsi que par la consolidation de CST au Brésil et d'Acindar en Argentine où
les perspectives demeurent excellentes», a indiqué la direction d'Arcelor
il y a quelques semaines. «L'essentiel de la progression des marges en 2005
viendra des livraisons effectuées par contrats à un an à prix fixe», prédit
Sylvain Brunet. «Dans ce contexte, la valorisation actuelle du titre paraît
attractive à un moment où la progression des résultats ne fait aucun doute et
où le groupe est protégé par la part de ses livraisons effectuées en
contrats annuels à fortes marges», poursuit-il. Enfin, cette année,
Arcelor poursuit sa politique de développement à l'étranger et particulièrement
au Brésil.
Actuellement, le consensus de FactSet JCF Estimates est positif sur le titre
avec un objectif de cours médian de 20 euros. Les analystes de Morgan Stanley,
placent Arcelor en tête de leurs recommandations au sein du secteur. «Notamment
parce que le groupe dispose d'un des meilleurs retours sur fonds propres du
secteur (17% estimé pour 2005)», justifient-ils. En revanche, Godman Sachs
préfère jouer la prudence et affiche un avis neutre sur le titre.