PARIS - L'Europe risque de souffrir plus que les Etats-Unis de la flambée
des prix du pétrole, même si les conséquences de l'ouragan Katrina vont
peser à court terme sur l'économie américaine, estime le chef économiste
de l'OCDE, Jean-Philippe Cotis.
Dans une note publiée mardi, l'Organisation de coopération et de développement
économiques révise à la hausse ses prévisions de croissance en 2005
pour la zone euro, la France, l'Italie, le Japon mais à la baisse pour
l'Allemagne et la Grande-Bretagne.
Dans la zone euro, cette croissance serait de 1,3% (au lieu de 1,2%
dans les prévisions publiées par l'OCDE en mai).
Elle serait de 1,6% en France (au lieu de 1,4%), avec un redémarrage
aux troisième et quatrième trimestres (+0,5% chacun), après un premier
trimestre à +0,4% et une quasi-stagnation au deuxième (+0,1%).
L'Italie sortirait tout juste de la récession (+0,2% sur 2005 au lieu
de -0,6% dans la précédente prévision).
En revanche, la croissance serait de 1,0% au lieu de +1,2% en Allemagne
et de +1,9% au lieu de 2,4% en Grande-Bretagne.
Hors zone euro, l'OCDE maintient sa prévision d'une croissance supérieure
au potentiel de moyen terme aux Etats-Unis en 2005 (+3,6%), malgré
l'ouragan Katrina dont il est encore prématuré de mesurer l'impact sur
l'économie américaine.
L'organisation révise d'autre part à la hausse la croissance du PIB
du Japon (+1,8% au lieu de 1,5%) en 2005.
Ces évaluations "ne tiennent pas complètement compte des effets
des hausses de prix du pétrole qu'on a pu observer durant l'été et des
perturbations récentes associées à l'ouragan Katrina", a cependant
souligné Jean-Philippe Cotis. "Des estimations complètes
conduiraient sans doute à des chiffres plus faibles."
"Le prix réel du pétrole n'est plus très éloigné des niveaux
qui prévalaient lors du grand choc pétrolier des années 1970",
a-t-il expliqué. "Donc c'est un choc pétrolier de grande taille et
rien n'indique qu'il ait touché à sa fin et que le cours du brut se
retourne à la baisse prochainement."
LES ETATS-UNIS PLUS RESISTANTS QUE L'EUROPE AUX CHOCS
Selon le chef économiste de l'OCDE, les conséquences de Katrina
pourraient se traduire aux Etats-Unis par un "ressaut
d'inflation" et une baisse de la consommation des ménages, des
importations et des exportations.
Les conjoncturistes américains estiment que les Etats-Unis perdront
entre un quart et un demi-point de PIB de croissance au second semestre, a
précisé Jean-Philippe Cotis.
"On peut imaginer aussi que cette réduction de l'activité économique
pour le troisième trimestre et le quatrième trimestre sera suivie
ensuite par une réaccélération, notamment avec les dépenses de
reconstruction", a-t-il ajouté.
En outre, les Etats-Unis ont entamé le second semestre avec un rythme
de croissance très tonique, ce qui "peut les mettre en situation,
malgré tout, d'encaisser ce choc sans que le ralentissement soit
dramatique".
Tel n'est pas le cas de l'Europe, où la relance de l'économie
commence seulement à s'esquisser après une série de "reprises
avortées", qui offre par conséquent une moindre capacité de résistance
aux chocs extérieurs que l'économie américaine et se trouve donc
"un peu vulnérable dans ce contexte", estime le chef économiste
de l'OCDE.
L'OCDE estime donc qu'un resserrement de la politique monétaire n'est
pas à l'ordre du jour dans la zone euro, où l'inflation sous-jacente est
maîtrisée, voire tend à la baisse, et où la demande est en "déficit
chronique".
"Le moment d'un resserrement monétaire en Europe n'est pas venu.
En tout cas, dans un avenir immédiat et à l'horizon de la fin de l'année,
un mouvement de resserrement est certainement quelque chose qui ne
s'impose pas", a dit Jean-Philippe Cotis. "Pour l'instant une
politique monétaire très accommodante est certainement ce qui convient
pour la zone euro."
Aux Etats-Unis, l'ancrage de l'inflation sous-jacente (hors énergie et
produits alimentaires) autour de 2% devrait permettre un ralentissement du
"resserrement monétaire" opéré par la Réserve fédérale,
pour voir comment évolue la conjoncture économique, mais ce resserrement
reste "nécessaire".
"La Réserve fédérale devrait continuer à revenir à la
neutralité, bien qu'éventuellement à un rythme plus mesuré",
estime l'OCDE dans sa note.