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CULTURE,
EDUCATION
A
commencer par sa puissance démographique qui verra sa population dépasser
celle de sa voisine d’ici quarante ans. Tout comme en Chine, la classe
moyenne s’accroît. Elle représente déjà 250 millions habitants désireux
de mêler consommation à l’occidentale et culture indienne. D’ici 5
ans, 180 millions d’Indiens devraient rejoindre la classe moyenne. Le
ministre du commerce indien Kamal Nath comparait la Chine et l’Inde en
ces termes : « En Inde, l’investissement est orienté par le
marché domestique alors qu’en Chine il est conduit par le marché
export (1/3 du PIB)».
Un
des atouts de l’Inde provient de son histoire coloniale. La présence
des anglais a contribué à imposer la langue anglaise en tant que langue
officielle. L’anglais couramment parlé par une minorité qualifiée est
un avantage de taille dans l’économie mondiale.
Le
second avantage par rapport à la Chine vient de son système éducatif.
Les universités et notamment les célèbres Institut de Technologies ITT
forment des élites talentueuses, très qualifiées. Pour preuve de leur
niveau, les USA attirent un nombre sans cesse croissant d’étudiants
indiens. Ils représentent déjà 10% de l’ensemble des étudiants étrangers
aux USA et 38% des étudiants ingénieur étrangers. Le réservoir de diplômés
paraît inépuisable avec 300000 ingénieurs formés chaque année soit 6
fois plus que les USA. La nouvelle génération de diplômés bénéficie
à la fois de la libéralisation économique, entamée en 1991 et des
nouvelles opportunités professionnelles créées par l’externalisation
et les délocalisations. Cependant, la forte demande d’emploi de
personnels qualifiés va maintenir des salaires très compétitifs. Ainsi,
le salaire moyen d’un ingénieur indien est de 6000 €/an. Cela défie
toute concurrence occidentale même si ces revenus dépassent très
largement le revenu moyen indien.
INDICATEURS
ECONOMIQUES
Si
la Chine est en passe de devenir l’usine du monde, L’Inde mise
clairement sur l’économie du savoir. Les investisseurs ne s’y
trompent pas. Selon un rapport de AT Kearney, d’octobre 2004, l’Inde
est passé du 6ième au 3ième rang mondial des
destinations les plus attractives pour les investisseurs derrière la
Chine et les Etats-Unis. Les investissements étrangers en Inde sont de
l’ordre de 5 milliards de $ quand la Chine attire plus de 50 milliards
$. Mais les projections de Goldman Sachs, d’avril 2004, prédisent que
l’Inde pourrait devenir la troisième économie du monde d’ici 30 ans.
Dès 2032, le PIB de l’Inde dépasserait celui du Japon. En effet,
l’Inde peut s’enorgueillir d’un taux de croissance annuel de son PIB
de 5.7% en moyenne depuis 23 ans. Une progression de 8% a été atteinte
sur l’année 2003-2004 avec une relative stabilité des prix. La même
progression est attendue pour les 5 années à venir, faisant de l’Inde
un pays développé à l’horizon 2020. « L’Inde se voit
aujourd’hui comme un pays émergent, et non comme le défenseur des pays
les plus pauvres » comme le souligne Christophe Jaffrelot, le
directeur du Centre de Recherches et d’Etudes Internationales (Ceri).
L’Inde
représente seulement 1% du commerce mondial et 1.5% de la richesse
produite dans le monde, mais les choses changent. Le pays peut s’appuyer
sur trois secteurs économiques d’importance : les services,
l’industrie et l’agriculture.
LES
3 SECTEURS ECONOMIQUES PERFORMANTS
SERVICES
Le
secteur des services a enregistré une progression de 10.9% en 2003-2004.
Il a fortement contribué à tirer le PIB vers le haut Il y a une
quinzaine d’années, ce secteur concernait des emplois de services peu
qualifiés tels la saisie de données, le back office comptable, le
traitement des transactions bancaires… Depuis les call centers des
entreprises occidentales se sont multipliés en masse sur le
sous-continent indien. 300000 personnes renseignent déjà les clients des
entreprises de services du monde entier. D’ici 8 ans, les call centers
emploieront 1 million d’indiens.
Mais
selon Arjun Sehti, consultant chez AT Kearney, « des activités de
plus en plus sophistiquées, à fort contenu intellectuel sont traités
sur le sous-continent. L’avenir du pays, c’est la recherche-développement,
les études d’ingénierie, l’analyse financière, les études de marchés
effectuées à distance pour des clients ou des employeurs étrangers ».
C’est
ainsi que les délocalisations en Inde concernent principalement les
services high tech à haute valeur ajoutée. L’abondance d’une main
d’œuvre d’un haut niveau de qualification à bas prix attire toujours
plus d’entreprises étrangères. 1 million d’indien travaillent pour
le secteur de l’informatique et des hautes technologies. L’Inde est
devenu le premier exportateur mondial de services informatiques.
Bangalore,
la « Silicon Valley » indienne
est devenue le quatrième pôle de haute technologie du monde. Pour
preuve de ce dynamisme, deux entreprises étrangères s’implantent
chaque semaine à Bangalore. IBM et Accenture emploient chacun 10000
employés, principalement à Bangalore. La division audiovisuelle de
Philips a implanté, dans la ville son
plus grand centre de recherche il y a 3 ans. Il compte 1500 ingénieurs.
Le groupe Philips a ainsi réussi à économiser 150 millions de $ et espère
encore en réaliser 300 à 400 millions dans les années à venir. Les
entreprises françaises ne sont pas en reste. D’après Alain Berder,
chargés des technologies de l’information à l’ambassade de France à
New Dehli, les entreprises françaises emploieraient 2500 à 3000 ingénieurs
locaux. La Société Générale, AXA, Thalès, la Snecma, Delmia du groupe
Dassault, Biomérieux ont développés des filiales à Bangalore. Atos et
Cap Gemini ont plus de 800 consultants informaticiens à Bombay, où
France Télécom est également présent. ST Microelectronics, Degrémont ont
fait le choix de s’implanter à New Dehli. Le directeur du centre de
recherche d’Alcatel dédié aux équipements de télécoms, Subash Bana,
évoque une économie de 30 à 40% par rapport à la France, malgré
l’importation des matériels sophistiqués d’Europe ou des Etats-Unis.
Le
tourisme occupe une part croissante de l’activité de service. Le World
Travel and Tourism Council note que l’Inde a une économie touristique
les plus dynamique du monde. La fréquentation est en hausse de 24% pour
2004 et a dépassé les 3 millions de visiteurs. Même les effets du
Tsusami, n’ont pas eu d’impact fortement négatifs sur l’activité.
Le tourisme progressera de 8.8% au cours des prochaines décennies et
contribuera à créer 28 millions d’emplois. Par ailleurs, l’Inde
s’affirme comme une destination économique pour le tourisme médical.
Profitant de la qualification et de la disponibilité de son personnel,
150000 patients ont été soignés en 2003. L’Inde a le potentiel
d’accueillir chaque année 1 million de touristes de la santé.
INDUSTRIES
Le
taux de croissance de l’industrie indienne était de 6.9% pour 2003-04.
Les trois principaux secteurs d’exportations indiens sont par ordre la
pharmacie, le textile habillement et l’industrie automobile. L’Inde
est en effet très avancée dans le secteur de la pharmacie et des
biotechnologies. Premier exportateur mondial de médicaments génériques,
le pays est classé parmi les 15 plus grands pays fabricants de médicaments
du monde et progresse de 15% par an. Avec
des coûts de production inférieurs de 40 % à 50 % à ceux pratiqués en
Europe ou aux Etats-Unis, avec leurs ingénieurs et leurs chercheurs, les
spécialistes indiens de la copie disposent d'un savoir- faire reconnu. Depuis
une dizaine d'années, les indiens Ramboxy, Cipla et Horobindo sont
devenus les premiers fabricants de génériques à prix cassés. Depuis le
1er janvier 2005, l’Inde reconnaît la législation
internationale sur le droit de la propriété intellectuelle. Jusqu'ici,
les brevets dans la loi indienne ne protégeaient que les procédés de
fabrication et non les produits. L'Inde pourrait
passer, d'ici à une dizaine d'années, du stade des copies à celui des découvertes
propres.
L’industrie
textile est le 2ième pourvoyeur de main d’œuvre avec 35
millions d’emplois. A l’horizon 2013, l’Inde pourrait être le 2ième
fournisseur mondial de produits textiles après la Chine, selon une étude
de Mac Kinsey. La libéralisation des quotas du textile a été anticipé
par le gouvernement indien et entraînerait seulement une légère baisse
de l’activité textile pour 2005.
L’industrie
automobile indienne représenterait 7 à 8% des exportations indiennes,
3,6 millions d’emplois, 2,5% du PIB et 275 équipementiers automobiles.
Elle est à la croisée des chemins, face à une opportunité
immense liée à un marché domestique en forte croissance et une
importante augmentation des achats des constructeurs mondiaux en
provenance des pays émergents à bas coûts. Les résultats de
l’industrie automobile indienne en 2003-04 furent excellents : 30% de
croissance, plus d’un million de véhicules particuliers produits, près
de 130 000 véhicules particuliers exportés et un milliard de USD de
composants automobiles exportés. Déjà 13ème marché mondial, selon les
prévisions de Mac Kinsey, l’Inde pourrait atteindre près de 3 millions
de véhicules particuliers en 2015. Les avantages de l’industrie
indienne résident dans sa capacité de design, d’ingénierie et
d’usinage ainsi que dans sa forte disponibilité d’ingénieurs, coûtant
encore peu cher. Le coût de la main d’œuvre ajustée à la productivité
est inférieur à celui de tous les pays émergents sauf la Chine. Avec un
indice 100 pour les Etats-Unis, l’Inde est à 19 et la Chine à 12.
AT
Kearney avertit cependant que le risque et les compétences nécessaires
ne sont pas toujours pris en compte dans les opérations d’outsourcing
en Chine comme en Inde. « Seules 53% des entreprises ont une vision
claire de la supply chain et de la logistique associée aux marchés émergents. »
Dans
d’autres domaines industriels, l’Inde construit des satellites, et
compte bien devenir l’un des principaux pays lanceurs à l’échelle de
la planète avec pas moins de 135 satellites déjà mis en orbite. Par
ailleurs, l’Inde est l’un des rares pays à posséder l’arme nucléaire
depuis 1974. Ces avancées technologiques contribuent à modifier
l’image de l’Inde dans le monde.
AGRICULTURE
L’Inde
est le premier producteur de thé au monde, le 2ième de sucre,
d’arachide, de blé et de riz, le 3ième producteur de coton.
24% du PIB du pays provient de l’agriculture, secteur qui emploi 58% de
la population active. La croissance 2003-2004 du secteur de presque 10%,
liée aux conditions météorologiques
explique pour partie le taux de croissance du pays. L’Inde a réussi
l’exploit de devenir autosuffisante malgré le triplement de sa
population grâce à l’irrigation, l’introduction de semences
performantes et l’utilisation des OGM. Le gouvernement indien prévoit
que l’excès de main d’œuvre dans ce secteur devra être absorbé par
l’industrie, entraînant un exode rural vers les villes.

PROSPECTIVES
L’Inde
est en voie de devenir le paradis des délocalisations high tech. Les
entreprises internationales entendent profiter d’une part de l’économie
du savoir disponible en Inde à moindre coût et d’autre part d’un
immense marché au pouvoir d’achat en hausse. Ne devrait on pas alors
parler de localisation des entreprises sur un marché émergent ?
L’Inde est ainsi devenue un champ de compétition entre Airbus et
Boeing, les deux entreprises ayant des partenaires indiens.
Tout
comme en Chine, un autre phénomène économique apparaît. Les
entreprises indiennes ne se contentent plus de sous-traitance, certaines
d’entre elles ont l’ambition d’être globale. Infosys est présent
sur quatre continents, Bharat Forge est en Allemagne, Ranbaxy et Zydus
Cadila ont racheté respectivement la filiale générique d’Aventis et
d’Alpharma.
L’Inde
a encore du chemin à parcourir avant de devenir la 3ième économie
du monde en 2032. Ses activités de haute technologie en réseau avec le
monde entier font fi d’une insuffisance de son infrastructure et d’une
bureaucratie pesante.
Le
plus grand chantier sera de réduire l’écart de développement qui se
creuse entre une petite élite
urbaine mondialisée et une immense majorité non qualifiée dont 430
millions de pauvres, souffrant d’analphabétisme. Même quand l’Inde
aura un PIB dans le peloton de tête des nations, la richesse par habitant
sera loin d’égaler celle des pays occidentaux.
Sur
le plan des relations internationales et sous la pression des Etats-Unis,
l’Inde normalise peu à peu ses relations avec son voisin Pakistanais
qui pourrait voir transiter sur son sol un gazoduc entre l’Iran et
l’Inde. La Chine et l’Inde ont tous deux besoin d’énergie pour
assurer leur croissance. Leur rapprochement au sein du groupe BRIC (Brésil,
Russie, Inde, Chine) leur permettrait de prendre des parts dans le pétrole
Russe. La nouvelle gravité sino-indienne se caractérise par l’intensité
des liens économiques. La Chine est le principal pays exportateur vers
l’Inde, qui en échange exporte ses logiciels et autres produits
pharmaceutiques, de quoi mettre
en sourdine des contentieux de frontière.
L’Inde
est un géant en mouvement.
SOURCES
D’INFORMATION
Sites
Internet
www.intstudy.com/india/engineeringusa.htm
www.indiadaily.com
www.indiastat.com
www.education.nic.in
www.lexpress.presse.fr
www.amb-inde.fr
www.timeofindia.indiatimes.com
www.indiainbusiness.nic.in
www.ibef.org
www.missioneco.org/inde
www.info.france2.fr/emissions
(un œil sur la planète)
www.arte-tv.com/fr/histoire-societe/le-dessous-des-cartes
www.lesechos.fr
www.studentsoftheworld.info/infopays/rankfr/PIBH2.html
www.indiaonestop.com/economy-link.htm
www.economywatch.com/indianeconomy/indian-economy-overview.html
www.bangaloreit.com
www.latribune.fr
www.interstars.net
Revues
Alternatives
économiques n°222 Février 2004 et n°220 Décembre 2003
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