DEUX OUTILS E-PROCUREMENT

 

Priscille BERTHÉ 

Janique HÉDÉ

 

En utilisant des solutions d’e-procurement, les organisations réduisent considérablement leurs coûts administratifs de 80% en moyenne (source Analyse K-Buy).

 

L’e-procurement est la gestion électronique des Achats et représente toutes les possibilités que l’entreprise peut utiliser via Internet pour effectuer ses achats et ses approvisionnements.

En réalité, il complète plus qu’il ne remplace les procédures classiques d’achats.

 

L’un des outils de l’e-procurement est l’e-Market Place ou « places de marchés électroniques » dans lesquelles il est possible de réaliser des enchères inversées.

 

On cherche à savoir, après expérience, si les outils d’e-procurement tels que les enchères inversées créent ou non de la valeur ajoutée.

Les gens les ayant utilisé sont-ils satisfaits ?

Y gagne t’on en productivité et efficacité ?

C’est ce que nous allons essayer de développer dans les prochaines lignes.

 

 

 

           I.      DEUX OUTILS DU E-PROCUREMENT

 

I - I : Les places de marché électroniques.

 

Les places de marché électroniques sont des espaces virtuels sur Internet pour échanger de l’information entre entreprises, réaliser des transactions commerciales.

Ces places de marché sont segmentées selon la nature des produits et services échangés : on distingue les places de marché horizontales qui fournissent des services et des biens généraux (fournitures de bureau, matériel informatiques, ….) et les places de marché verticales qui sont spécifiques à une secteur donné (automobile, aérien, alimentaire, ….).

 

Ces places de marché virtuelles permettent de combiner les avantages des portails verticaux et des marchés électroniques en mettant en relation plusieurs acheteurs et vendeurs. Elles proposent une offre globale comprenant des fonctions d’expertises et de gestion des ventes.

 

Les acheteurs accèdent à des catalogues en ligne constitués de listes précisant la fonctionnalité et le prix des produits. Les catalogues proposés peuvent être paramétrés en fonction du profil de l’utilisateur et des prix qu’il peut avoir préalablement négocié.

 

Toute la recherche et la prise de commande s’effectuent en ligne, le workflow est donc automatisé, depuis le choix des produits au sein des catalogues jusqu’à l’achat.

L’explosion de larges places de marché électroniques sera l’un des éléments du développement des transactions B-to-B.

 

Les places de marché font désormais partie du paysage des échanges commerciaux interentreprises, et il existe des places de marché plus spécifiquement orientées sur les Achats ou sur les Ventes.

 

Il y a 3 modèles de places de marché électroniques :

  • Places de marché publiques indépendantes,

  • Places de marché créées par les leaders d’un secteur d’activité,

  • Places d’échanges privées.

 

Il y a une forte probabilité pour que les entreprises diversifient leur approche en participant à plusieurs types de places de marchés.

En effet, l’examen des forces et faiblesses de chacun des modèles permet de comprendre pourquoi aucune solution « intégrale » ne s’est encore imposée, chaque place ayant un attrait différent selon le besoin de l’entreprise.

Les places de marché publiques indépendantes ont un bon positionnement et sont bien situées dans le portefeuille des places de marché de la plupart des entreprises, mais elles ne constituent pas le modèle dominant.

Les places de marché Leaders sont amenées à perdurer. Leur rôle va accélérer le développement des achats en ligne de biens non stratégiques, puis à terme de fonctionnalités performantes pour des biens stratégiques.

Les places d’échanges privées ont quant à elle la capacité à supporter la stratégie et, de par leur caractère privé, permettent d’entretenir avec leurs partenaires commerciaux une intimité que n’offrent pas les places de marché publique. Elles permettent notamment l’amélioration de la logistique de l’entreprise. Un des avantages majeurs est qu’elle permet à l’entreprise de décliner le concept de base pour l’adapter à sa propre stratégie et à ses particularités.

 

 

I - II : Les enchères inversées.

 

L’enchère inversée est la mise en concurrence de manière électronique de plusieurs fournisseurs, menée par un acheteur dans le but de faire diminuer au maximum le prix d’achat du bien ou du service recherché.

 

Les différentes étapes de préparation de l’enchère sont :

Etablir un planning précis, vérifier les ressources, valider la collecte des données, valider le sourcing et le cahier des charges, pondérer les fournisseurs, segmenter le marché en lots pertinents, valider les grilles de cotation, paramétrer l’outil d’enchère, termes et conditions, inviter et motiver les fournisseurs, former les fournisseurs.

 

La réalisation de l’enchère nécessite la mobilisation de ressources relativement importantes durant un court laps de temps (questions techniques des fournisseurs, offres des fournisseurs ne pouvant pas se connecter).

A la fin de l’enchère, il est recommandé, de transmettre un mail aux fournisseurs pour les remercier de leur participation.

Lorsque l’enchère est finalisée, on confirme les offres aux fournisseurs qui doivent retourner leur décomposition de coût, on analyse leurs offres et on vérifie leur cohérence, choix du fournisseur finalement sélectionné et notification de sélection.

Au terme de l’enchère, tous les fournisseurs doivent retourner une confirmation de leur offre au travers du tableau de cotation qui leur aura été remis qui permettra de valider sa dernière offre, et de faire un analyse lot par lot et référence par référence dans l’objectif de parvenir à une optimisation des lots.

Les fournisseurs retenus sont notifiés, ceux ne l’étant pas reçoivent une lettre de remerciement et d’information quant à leur non sélection.

Il peut être également instructif de contacter les fournisseurs et/ou de leur envoyer un questionnaire dans l’objectif d’avoir un feedback sur l’enchère inversée, pour savoir selon eux, les points positifs et ceux à améliorer.

Par la suite, l’acheteur entreprendra une démarche classique de signature de contrat et d’implémentation des fournisseurs sélectionnés.

 

Les acheteurs utilisent de plus en plus l’outil d’enchère inversée, afin d’atteindre 2 objectifs principaux :

  • Améliorer la performance du processus achat en réalisant des gains et en réduisant la durée des négociations.

  • Faire de la veille technologique selon le métier de l’entreprise.

 

Des statistiques tendent à démontrer que le recours à l’enchère n’est rentable que pour un volume de transaction supérieur à 500 000 € (1).

 

On peut incontestablement noter que le formidable outil qu’est Internet a permis la montée en puissance de ces types de pratique, à un moindre coût et dans le monde entier.

Il existe différents mécanismes d’enchères qui se différencient par leurs règles d’anonymat et de clôture, par les restrictions et par le prix réellement payé.

Quelque soit la méthode d’enchère, on peut noter que ces outils sont de plus en plus utilisés pour des produits complexes et non plus aux seuls catégories d’achats de biens et services indirects.  

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        II.      MISE EN PLACE DES OUTILS DU E-PROCUREMENT

II - I : La validité juridique du principe des enchères inversées (Aurélien Condomines)

 

Aurélien Condomines, dans son article sur les enchères inversées, dénonce certains effets pervers de cette technique d’achat via Internet. En effet, bien que stimulateur de concurrence, la validité du principe est néanmoins discutable.

Les enchères inversées peuvent donc engendrer trois types de problèmes :

L’abus de position dominante, qui suppose la définition préalable d’un marché pertinent, et la démonstration d’une position dominante détenue avec d’autres entreprises.

L’abus de dépendance économique, qui implique une relation entre deux partenaires économiques, et un chiffre d’affaires important réalisé par le fournisseur avec l’acheteur, deux facteurs conduisant le fournisseur à concentrer ses ventes auprès du même acheteur.

L’entente anti-concurrentielle, qui suppose la démonstration de l’existence d’un accord.

Par ailleurs, Aurélien Condomines évoque deux types de pratiques abusives interdites, directement liés au principe des enchères inversées : d’une part, l’exclusion par discrimination de certains fournisseurs sans justification objective, et d’autre part, le fait de contraindre les fournisseurs souhaitant faire une offre, à se soumettre à des conditions commerciales ou à des obligations injustifiées.

En conclusion, bien que le recours aux enchères inversées soit difficilement contestable au regard du droit de la concurrence, certains abus pourraient toutefois être sanctionnés au titre d’abus de puissance d’achat.

 

 

II - II : La mesure des performances (Stuart Dodds et John Balchin)

 

Les entreprises attendent beaucoup des nouvelles techniques d’achat telles que les enchères inversées. Cependant, pour réussir leur mise en place, elles doivent dans un premier temps définir l’objectif de leur projet, et, dans un second temps avoir une stratégie d’évaluation et des points de contrôle tout au long du projet.

Cette stratégie de mesure des performances se fera grâce à deux types d’indicateurs (KPI : Key Performance Indicator) :

Les KPI de réussite du projet, qui mesurent la pénétration des pratiques d’achat par voie électronique au sein de l’organisation et identifient les raisons d’une faible utilisation.

Les KPI de résultats, qui permettent d’évaluer les résultats effectifs par rapport aux objectifs.

Bien souvent, les inquiétudes des entreprises quant aux résultats attendus proviennent d’un dispositif insuffisant, laissant dans l’ombre les bénéfices réels mais inattendus. Les indicateurs doivent être déployés rapidement. Il faut donc définir ce que l’on souhaite mesurer ainsi que la fréquence des mesures et leur processus d’enregistrement car la vitesse à laquelle les erreurs et les bénéfices se font sentir dans un environnement en ligne est plus important que dans un projet traditionnel.

 

 

II - III : Un exemple de mise en place réussie d’une place de marché (Jon Bumstead)

 

En Mars 2000, 3 majors europées (Nestlé, Danone et Henkel) ont crée une place de marché électroniques (enregistrée ensuite sous le nom de CPG market.com). Ils se sont alliés et ont unir leurs ressources pour avancer pas à pas dans ce challenge afin de rallier d’autres participants.

Ils ont choisi une approche pragmatique en commençant tout d’abord par un projet et en se fixant des objectifs précis. Il s’avère rapidement que les objectifs sont largement dépassés.

Au fur et à mesure de ces développements, CPG market attire de nouveaux membres car les applications mises en places ont fait leur preuve.

Finalement l’approche de CPG a porté ses fruits, mais ils doivent rester humbles en se disant qu’ils n’en sont qu’aux prémices et que le plus dur reste encore à faire.

 

 

II - IV : Adhésion et participation difficiles pour les fournisseurs (Alain Day et Paul Phytian)

 

Pour les Acheteurs, les places de marché électroniques offrent une plus grande visibilité sur les prix, elles permettent d’identifier de nouvelles sources d’approvisionnement, d’augmenter son pouvoir d’achat en agrégeant les dépenses.

 

Cependant, que ce soit pour l’acheteur ou pour le fournisseur, se pose le problème du choix des places de marché à laquelle ils souhaitent participer et leur nombre. Mais on peut tout de même noter que le principe même des places de marché a été crée en faveur des acheteurs. En effet, les fournisseurs sont quasi obligés d’adhérer au plus grand nombre possible de places de marché, ce qui représente, en l’absence de standards communs, de lourdes contraintes financières et organisationnelles.

 

Ainsi, devant les disparités des marchés, le fournisseur devra au préalable bien segmenter son processus de décision et de sélection adoptant des stratégies différentes selon chaque secteur d’activité et chaque zone géographique.

Dans sa stratégie, il devra correctement définir et évaluer :

Les coûts de participations aux places de marché (commissions),

Les coûts d’intégration qu’il ne conviendra pas de qualifier d’exceptionnel mais de récurrents au vu de l’évolution constante des places de marché qui doivent toujours rester en éveil face à la concurrence,

L’impact sur son organisation interne (problème de formation du personnel, compétences ad hoc).

 

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    III.      BILAN ET RETOUR D’EXPERIENCE

 

III - I : Avantages

 

Pour les enchères inversées, le bilan économique est positif s’il y a amélioration du gain net. Cependant les résultats sont très variables d’une enchère à l’autre.

L’avantage évident des enchères inversées est lié à la réduction des prix obtenus par un plus fort niveau de concurrence, mais d’autres avantages peuvent être notamment mis en évidence et qui ne sont pas des moindres :

La dynamique d’achat mis en exergue, par la simplification du processus Achat (réduction du temps du cycle de négociation),

Notion d’équilibre entre l’offre et la demande (capacité du marché).

 

 

III - II : Limites

 

Du coté des fournisseurs, ceux-ci participent avec réserve, ce qui peut éventuellement évoluer vers une attitude de refus.

 

Pour y remédier, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

Les places de marché vont être obligées d’abandonner les commissions (commission perçue par la place de marché à chaque transaction).

Ils devront construire leur rémunération sur des SERVICES à valeur ajoutée.

Enrichissement de services et de fonctionnalités.

Développement des services complémentaires à forte valeur ajoutée.

 

Des inconvénients peuvent survenir si les règles ne sont pas clairement définies suite à la phase de préparation (mauvais timing, non-introduction d’une concurrence suffisante, montant du marché non attractif), et après la conclusion de l’offre par le non-respect des engagements.

De même si une certaine communication n’est pas maintenue entre les différents partenaires, leurs relations commerciales peuvent s’en trouver dégradées.

Ceci est d’ailleurs un « phénomène » global lié à l’utilisation d’Internet que ce soit dans le domaine professionnel ou privé : Les gens communiquent de moins en moins.

 

Un certain nombre d’abus commencent à voir le jour et il faut rester coûte que coûte très vigilant.  

 

 

CONCLUSION

 

On peut donc considérer que l’enchère n’est pas un remède miracle et qu’elle demande un travail préliminaire important.

Il n’en reste pas moins que ne pourra être dégagée de la valeur via les enchères inversées, que si et seulement si, celle-ci a été rigoureusement préparée, et si la phase amont a été bien menée.

Dans ce cas les gains réalisés seront de l’ordre de 15 à 30%.

Dans les cas contraires, préparation insuffisante et enchère non préparée, ne génèreront que peu ou pas de gains.

 

L’acheteur garde donc toute sa valeur et sa signification dans le process de l’e-procurement, et il reste donc incontestablement un facteur clé quelque soit la stratégie adoptée par l’entreprise.

 

Adhérer à une place de marché se traduira-t-il nécessairement par une extension du marché de la société comme on l’a si souvent entendu dire ?

 

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(1) NDLR : d'après de gros usager de l'enchère inversée, ce seuil est de 25000 euros (voir notre article) 

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